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Initiative . Saqiet Al-Sawi, ou la roue hydraulique qui nous abreuve d’art et de culture, est le premier et le seul centre culturel privé en Egypte subventionné uniquement par des Egyptiens. Projet exceptionnel dirigé par Mohamad Al-Sawi.
Culture au chocolat

Mohamad Al-Sawi, fils du grand écrivain et ancien ministre de la Culture Abdel-Moneim Al-Sawi, s’est vu attribué il y a à peine deux ans — à titre de PDG d’un énorme bureau de publicité — le déblaiement et la rénovation du terrain vague situé sous les piliers du pont de Zamalek, rive Aboul-Feda. Il y ramasse détritus et seringues remplies de sang ... en contrepartie, un souvenir d’enfance remonte très vite à sa mémoire : la promenade quotidienne qu’il faisait avec son père dans les champs bordant jusqu’alors le quartier de Doqqi. Il revoit le paysage rural, les paysans, la terre, les animaux et les roues hydrauliques, et n’oublie pas les paroles du père, ultime testament : Fils, la culture est un bien pour tous, riches et pauvres, jeunes et adultes. Revient aussi l’image du salon littéraire que son frère décédé avait installé à Madinet Nasr en hommage à leur père.

Décidé, il va prendre la relève. Il dépose une demande auprès du gouvernorat du Caire qui accepte sa proposition sans aucune difficulté (contrairement aux dires des médisants qui veulent croire au versement de terribles pots-de-vin. A ces accusations, Mohamad Al-Sawi réplique : « Je le fais peut-être, contraint et résigné, pour mes affaires commerciales, mais jamais, jamais, pour un service rendu à la culture ». De quoi donner espoir à ceux qui souhaitent faire pareil.

Fin février 2003, il termine les travaux de construction de l’édifice en sa qualité d’ingénieur-architecte et inaugure enfin sa Saqia. Pris dans tous les sens, on pourrait dire que Mohamad Al-Sawi a bâti et réalisé son rêve de ses propres mains. Légère, la structure est faite de cloisons blanches et d’un plafond muni de trames métalliques pour les différents accrochages, projecteurs, tableaux ou micros. Deux salles juxtaposées ; la plus petite, Al-Kalima, la Parole, sert aux conférences, entretiens, soirées poétiques et rencontres de tous genres. Polyptyque, elle s’offre aussi en tant que salle d’exposition ; en ce moment, on peut y visiter les blagues, sous forme de caricatures, de Moustapha Salem. Au programme s’y déroulent des activités fixes telles le ciné-club du mercredi ou un espace pour l’écriture tous les mardis. Elle reçoit d’autre part des concerts de musique de chambre ainsi que des spectacles appropriés. La grande salle, Al-Hekma ou la Sagesse, est consacrée à des événements de plus grande importance (en nombre, mais pas toujours en qualité). A intervalles réguliers, on y présente Abdou Dagher, Nassir Chamma, Fathi Salama, Yéhia Ghannam, à titre d’exemple, mais aussi des moins connus et même des inconnus ! Quant au théâtre, il y tient une place des plus importantes. Il suffit à une jeune troupe de se présenter pour réserver la salle deux soirées déterminées ; ensuite, toutes les formules sont bonnes en ce qui concerne le guichet. A ce propos et jusqu’à nouvel ordre, Al-Sawi s’abstient de produire. Il veut donner le plus de chances possibles aux jeunes pour se manifester sur la scène. Mais il réserve aux meilleurs une somme en guise de prix lors du Festival annuel de théâtre (le prochain et second festival se tiendra à la Saqia mi-août prochain).

Les enfants à la Saqia sont vivement privilégiés. Pour eux est réservée une animation hautement planifiée, ils choisissent eux-mêmes les activités artistiques auxquelles ils veulent se joindre : chant, musique, dessin, poterie, calligraphie, etc. Et quand ils ont été invités au festival du chocolat, « ils y ont dégusté les plus délicieux, mais ils y ont découvert parallèlement combien est délicieuse la culture elle aussi, nous dit Al-Sawi. Cette dégustation était accompagnée d’une exposition sur le chocolat, son histoire, sa géographie, ses grains de cacao, ses cultivateurs, ses exploiteurs, ses exportateurs et ses consommateurs, etc. Ainsi, ils ont appris à établir des liens, à chercher les sources, attitude qu’ils peuvent appliquer à tous les domaines ».

Au niveau de la gestion de l’espace entièrement climatisé, elle est aussi souple que sa structure. Peu de fonctionnaires-animateurs-techniciens qui doivent se plier aux règles administratives créées pour le bon déroulement des activités et l’entretien du lieu. Mis à part ces quelques contraintes justifiées, la marge n’a pas de limites pour toute initiative créative et innovatrice. Aussi bien de la part des travailleurs de la Saqia que de la part du public. Du public, le centre culturel Al-Sawi en fait sa prochaine affaire, car jusqu’à présent les spectateurs sont les parents, cousins ou amis des artistes sur la scène. De nouveaux moyens vont être mis en place pour élargir la base d’un public potentiel.

Mohamad Abdel-Moneim Al-Sawi, ce monsieur à l’extrême amabilité, qui présente tous les soirs les artistes invités avec chaleur et respect, nous garde une surprise. Il vient de recevoir les permis nécessaires pour construire un théâtre romain au pied de la corniche Est du Nil, à deux mètres et en prolongement de son centre culturel à qui on doit « des remerciements distingués ».

Menha el Batraoui

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