Décidé, il va prendre la relève. Il
dépose une demande auprès du gouvernorat du Caire qui
accepte sa proposition sans aucune difficulté (contrairement
aux dires des médisants qui veulent croire au versement
de terribles pots-de-vin. A ces accusations, Mohamad
Al-Sawi réplique : « Je le fais peut-être, contraint
et résigné, pour mes affaires commerciales, mais jamais,
jamais, pour un service rendu à la culture ». De quoi
donner espoir à ceux qui souhaitent faire pareil.
Fin février 2003, il termine les travaux
de construction de l’édifice en sa qualité d’ingénieur-architecte
et inaugure enfin sa Saqia. Pris dans tous les sens,
on pourrait dire que Mohamad Al-Sawi a bâti et réalisé
son rêve de ses propres mains. Légère, la structure
est faite de cloisons blanches et d’un plafond muni
de trames métalliques pour les différents accrochages,
projecteurs, tableaux ou micros. Deux salles juxtaposées
; la plus petite, Al-Kalima, la Parole, sert aux conférences,
entretiens, soirées poétiques et rencontres de tous
genres. Polyptyque, elle s’offre aussi en tant que salle
d’exposition ; en ce moment, on peut y visiter les blagues,
sous forme de caricatures, de Moustapha Salem. Au programme
s’y déroulent des activités fixes telles le ciné-club
du mercredi ou un espace pour l’écriture tous les mardis.
Elle reçoit d’autre part des concerts de musique de
chambre ainsi que des spectacles appropriés. La grande
salle, Al-Hekma ou la Sagesse, est consacrée à des événements
de plus grande importance (en nombre, mais pas toujours
en qualité). A intervalles réguliers, on y présente
Abdou Dagher, Nassir Chamma, Fathi Salama, Yéhia Ghannam,
à titre d’exemple, mais aussi des moins connus et même
des inconnus ! Quant au théâtre, il y tient une place
des plus importantes. Il suffit à une jeune troupe de
se présenter pour réserver la salle deux soirées déterminées
; ensuite, toutes les formules sont bonnes en ce qui
concerne le guichet. A ce propos et jusqu’à nouvel ordre,
Al-Sawi s’abstient de produire. Il veut donner le plus
de chances possibles aux jeunes pour se manifester sur
la scène. Mais il réserve aux meilleurs une somme en
guise de prix lors du Festival annuel de théâtre (le
prochain et second festival se tiendra à la Saqia mi-août
prochain).
Les enfants à la Saqia sont vivement
privilégiés. Pour eux est réservée une animation hautement
planifiée, ils choisissent eux-mêmes les activités artistiques
auxquelles ils veulent se joindre : chant, musique,
dessin, poterie, calligraphie, etc. Et quand ils ont
été invités au festival du chocolat, « ils y ont dégusté
les plus délicieux, mais ils y ont découvert parallèlement
combien est délicieuse la culture elle aussi, nous dit
Al-Sawi. Cette dégustation était accompagnée d’une exposition
sur le chocolat, son histoire, sa géographie, ses grains
de cacao, ses cultivateurs, ses exploiteurs, ses exportateurs
et ses consommateurs, etc. Ainsi, ils ont appris à établir
des liens, à chercher les sources, attitude qu’ils peuvent
appliquer à tous les domaines ».
Au niveau de la gestion de l’espace
entièrement climatisé, elle est aussi souple que sa
structure. Peu de fonctionnaires-animateurs-techniciens
qui doivent se plier aux règles administratives créées
pour le bon déroulement des activités et l’entretien
du lieu. Mis à part ces quelques contraintes justifiées,
la marge n’a pas de limites pour toute initiative créative
et innovatrice. Aussi bien de la part des travailleurs
de la Saqia que de la part du public. Du public, le
centre culturel Al-Sawi en fait sa prochaine affaire,
car jusqu’à présent les spectateurs sont les parents,
cousins ou amis des artistes sur la scène. De nouveaux
moyens vont être mis en place pour élargir la base d’un
public potentiel.
Mohamad Abdel-Moneim Al-Sawi, ce monsieur
à l’extrême amabilité, qui présente tous les soirs les
artistes invités avec chaleur et respect, nous garde
une surprise. Il vient de recevoir les permis nécessaires
pour construire un théâtre romain au pied de la corniche
Est du Nil, à deux mètres et en prolongement de son
centre culturel à qui on doit « des remerciements distingués
».