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Manifestation .
L'exposition Tour-ismes, tenue à la fondation Antonio
Tapiès à Barcelone, est l'un des volets du Forum culturel de
Barcelone 2004. Une exposition qui ne se perd pas dans le moule
des grandes festivités. |
| L'errance
comme doctrine |
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Avait-il
raison, Oscar Wilde, d'affirmer que « le tourisme est
un moyen de s'ennuyer ailleurs » ? La réponse
peut aller aux extrêmes opposés : oui, s'il est question
de cette visite passagère qui effleure endroits et sites indiqués
sur les guides touristiques. S'inclinant à des circuits stricts
et ne permettant pas à l'individu de se perdre, de s'identifier
ou de se distancier, l'empêchant de s'épanouir et se découvrir.
Il serait un tourisme superficiel et combien ennuyeux qui s'attache
aux grands booms, aux artifices. La réponse peut également être
négative s'il s'agit du tourisme comme désir instinctif de voyage,
d'une quête aussi bien personnelle qu'universelle. Mais un voyage
révélateur d'une société qui se pense et pense l'autre ne peut
en aucun cas être ennuyeux.
Le Forum de Barcelone 2004 se veut la grande
manifestation culturelle européenne se déroulant sur 141 jours
et nuits (du 9 mai au 26 septembre 2004) avec 20 expositions,
1 500 représentations, 10 000 interprètes, 180 spectacles
de musique, théâtre, danse et animations de rue. Une manifestation
placée sous le signe du développement durable, de la diversité
culturelle et de la paix. Tentant d'étaler et de multiplier
les repères ici et là, le Forum veut associer toute la ville
à son rythme, et aspire peut-être à atteindre ce moment exceptionnel
de succès et d'admiration du projet architectural et urbain
des Jeux olympiques de 1992. Encore peut-on lire en filigrane
que le Forum célèbre non seulement l'épanouissement remarquable
de la ville de Barcelone au cours de ces dernières années, mais
aussi la montée en puissance de la Catalogne et son nouveau
statut d'autonomie par rapport à Madrid et au pouvoir central.
Dans ce « mouled » très méditerranéen,
on croise toutes sortes de thèmes, mais on reste surtout attiré
par cet éternel thème de la ville en vogue depuis quelques années,
de par le monde. Mais ce thème très riche se perd souvent dans
l'ambiance de fête et l'excès de conformisme. A l'exemple des
nombreuses expositions organisées dans différents musées, comme
celle de Guerre et paix organisée au musée Picasso où
l'absence de l'œuvre majeure représentant la guerre, Guernica,
la vide de tout sens. Une exposition qui en outre perd en
valeur si on la compare aux œuvres permanentes dont dispose
le musée.
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Diverses formes d'art contemporain
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Le thème de la ville se distingue toutefois
par l'originalité des idées, notamment dans l'exposition Tour-ismes.
La derrota de la dissensió, se tenant à la Fondation
Antonio Tapiès, jusqu'au 29 août.
L'idée d'illustrer un sujet en s'identifiant
à lui est curieuse en soi. Inconsciemment ou non, le thème
du tourisme se révèle dès qu'il s'agit du forum : au-delà
des grands axes d'interculturalité et de paix, les intentions
touristiques sont particulièrement claires, surtout dans une
politique qui fête l'autonomie récente de la ville. Mais l'intérêt
de l'exposition en question est en premier lieu d'avoir
tourné autour du thème, d'être allé en profondeur en présentant
diverses formes d'art contemporain où s'entremêlent vidéo
art, photographies et installations.
Le titre même souligné au pluriel et séparé
par un trait d'union propose le tour, l'errance prise comme
doctrine, ou disons les différents points de vue de l'errance
et du voyage. Celui-ci ne se réduit pas à un déplacement dans
l'espace et le temps. Bien au contraire, il est souvent la
manifestation d'une découverte au sens d'une connaissance
plus large soulignant relation mythique entre l'homme et le
voyage. Le projet réalisé par Ramon Parramon, Enric Carreras,
Jose Carvajal et Pedro Coelho est caractéristique des échanges
enchevêtrés aux carrefours des expériences de voyage. Il s'agit
d'une installation basée sur une œuvre interactive intitulée
Viatge interromput (Voyage interrompu). Le visiteur
se sert de cartes postales pour écrire ce qui lui plaît, une
impression de sa visite de Barcelone, un mot, une sensation
qu'il aimerait laisser en souvenir, puis qu'il accroche pêle-mêle
sur un gigantesque panneau-écran. Sur ce dernier se projettent
des paysages touristiques de différents sites, ou scènes de
musées, etc. Le visiteur, même s'il n'est pas touriste, se
trouve dans la situation d'un voyageur, d'un touriste errant
qui délivre ses impressions parmi la collectivité de cartes
postales qui l'ont précédé dans toutes les langues. Il désire
mettre lui aussi son empreinte sur l'œuvre qui s'élabore et
se boucle par chaque présence sans jamais se terminer. Et
au-delà du graphisme, des mots écrits dans toutes les langues,
les cartes postales deviennent des images chargées de toute
l'émotion et l'énergie émises par le voyageur qui erre hors
de sa patrie.
A côté de nombreuses installations vidéos
qui évoquent tantôt des moments nostalgiques de lieux, de
plages des années 1960, de documentaires-reportage marque
le choc culturel d'une Espagne sous l'emprise de la dictature
de Franco. Ainsi errer parmi les différents tour-ismes évoque
non seulement les moments de joie passagère, mais suscite
aussi les maux du colonialisme comme dans la vidéo art Multiplicity
qui aborde le tourisme marocain. Et à partir de là, on découvre
pas mal de correspondances, de points communs, on s'identifie
comme Arabes et Méditerranéens à cette maquette très significative
d'Yto Barrada. L'artiste marocaine née en France en 1978 met
en maquette Gran royal turismo, où il s'agit du cortège
royal (qui peut s'appliquer à n'importe quel gouverneur arabe)
sous l'ombre duquel les palmiers ressortent de sous la terre,
les portes s'ouvrent et les drapeaux flottent pour se transformer
en scène désertique où tout s'ensevelit dès le passage du
cortège. Et avec une série de photos, comme Mur de Sebta
ou N de la patrie, Barrada est influencée par la scène
tangière de ses origines qui se transforme dans son œuvre
en un ultime espoir de migration vers l'autre côte.
En errant à travers ces tour-ismes,
l'ennui du tourisme évoqué par Wilde devient alors force de
vie.
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Dina Kabil |
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