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Importations . L’été est la saison de prédilection des vendeurs chinois. Leur activité vient amplifier le raz-de-marée des produits fabriqués en Chine, qui s'observe depuis deux ans sur le marché égyptien. Les autorités peinent à juguler ce phénomène, pour une large part frauduleux.

L'invasion du « Made In China »

« Ils sont une dizaine d’exposants chinois à Marina cette année. Alors, que l’année dernière ils n’étaient que cinq », raconte une vacancière, qui passe tous les étés dans ce village côtier du littoral nord. Il est minuit à Marina, la grande place du marché commence à s’animer. Elle abonde de produits « Made In China », toutes catégories confondues. Des bricoles à 1, 2 et 3 L.E. sur les étalages, aux produits textiles et ménagers à plus de 100 L.E., vendus dans les magasins.

Car depuis deux ans, les « bazars chinois » rencontrent un vif succès, aussi bien dans les stations balnéaires et les clubs sportifs que dans les quartiers populaires. Partout, les produits sont adaptés au goût et au pouvoir d’achats d'éventuels acheteurs. L’été est leur période de prédilection.

La présence de vendeurs chinois donne aux produits « Made In China » exposés une sorte de gage sur leur authenticité. « C’est de la bonne qualité, j’ai acheté un lot de trois sous-vêtements 100 % coton à 10 livres. C’est la deuxième année que j’en achète. Au Caire, la même pièce, fabriquée en Egypte, se vend à 8 L.E. dans les magasins de lingerie », dit une joyeuse vacancière satisfaite de son acquisition.

Les stands chinois sont originaux. La marchandise, de la lingerie féminine en très grande quantité cet été, est soigneusement rangée aux côtés de fleurs artificielles aux couleurs pastel, et de divers objets d’artisanat. A une ou deux exceptions près, ils vendent tous les mêmes modèles. Les vendeurs sont impassibles et ne parlent que pour vanter un produit ou négocier son prix. « Je suis ici pour deux mois », dit en arabe l'un deux, le visage fermé. Un peu plus loin, une vendeuse dira en levant à peine la tête qu’elle est en Egypte depuis cinq ans. Sans autre commentaire.

Ces nombreuses ventes de produits « Made In China » ont provoqué un véritable raz-de-marée sur le marché égyptien. Ainsi, en 2003, le volume des importations chinoises en Egypte, selon les douanes chinoises, était de 937 millions de dollars, contre 534,7 millions enregistrés par l’Organisme central de mobilisation général et des statistiques. L'écart de 402,3 millions de dollars traduisant le volume des importations clandestines. Un phénomène que confirme un haut fonctionnaire des douanes, qui requiert l’anonymat. « Certes, les commerçants chinois à la sauvette jouent un rôle dans la contrebande. Mais il est négligeable par rapport au volume des fraudes enregistrées dans les différents ports qui, malgré nos efforts, sont incontrôlables », explique le fonctionnaire.

« Les fraudes aux douanes se font soit sur les factures, revues à la baisse, qui ne correspondent pas à la valeur réelle de la marchandise. Soit en dissimulant dans les containers des produits non déclarés », explique le fonctionnaire, qui ajoute que le premier cas de fraude est plus facile à détecter que le second, « car nous ne pouvons pas fouiller systématiquement tous les containers », conclut-il.

« Les principaux responsables de ces importations clandestines sont les très gros importateurs, qui les écoulent de façon massive sur le marché. Des marchés qui regorgent déjà de produits Made in China », explique un grossiste du Mouski, près d'Al-Azhar. Il les accuse aussi de contrefaire en Chine, à très bas prix, des articles « Made in Egypt ». Ces derniers sont ensuite revendus sur le marché égyptien à des prix inférieurs à celui du produit initial. Ainsi, l’on observe que chez les grossistes, pour des produits similaires, existe un large éventail de prix.

C'est donc chez les grossistes que les commerçants chinois vont s’approvisionner, ce qui explique la similitude de leurs marchandises. « Ils n’ont pas besoin d’un important capital pour faire du commerce en Egypte, car la marchandise chinoise ne coûte pas cher, et elle est déjà sur place. Ils se contentent de faire de petits bénéfices, en vendant le plus possible », explique Soliman Al-Sini, surnom donné à ce Chinois propriétaire d’un petit magasin à Abbassiya. Il vit en Egypte depuis 50 ans. Et d’ajouter : « La plupart sont des commerçants saisonniers, venant des provinces reculées de Chine. Ce sont de très durs travailleurs ». Il dit ne pas savoir leur nombre, ni dans quel quartier ils habitent.

Non sans succès, ces revendeurs chinois font aussi du porte à porte, le plus souvent à deux avec de gros sacs noirs. Les principaux quartiers ciblés sont Madinet Nasr, Mohandessine, Guiza et Choubra. Ils visent les femmes au foyer. « On trouve de tout dans leur gros sac, des bibelots, des napperons, et de la lingerie », témoigne une habitante de Guiza. « Ils sont discrets, et patients. J’ai le temps de choisir et même d’essayer les articles qui m’intéressent tout en restant chez moi », poursuit-elle.

Mais, ces ventes ambulantes de produits « Made In China » via les bazars et le porte à porte coupe l’herbe sous les pieds des commerçants : « En transportant la marchandise du marché de gros vers d'autres marchés, ils bradent les produits qui sont vendus au double du prix dans les magasins », explique le propriétaire d’une PME qui fabrique des vêtements de sport.

La fabrication de produits textiles en tout genre est un des secteurs pour lequel le « Made In China » est préjudiciable, car il emploie près de 55 % de la main-d’œuvre ouvrière. Rien que pour les vêtements de sport, « en un an, sept PME ont fermé leur porte », explique à regret Hossam Mahmoud, un chef d’entreprise qui vient de déposer son bilan. Il employait 25 ouvriers. Et d’ajouter : « Nous sommes capables de fabriquer des produits de qualité identique, voire supérieure, comparée aux produits chinois. Mais nous payons plus de 70 % de taxes. C’est pourquoi nous ne pouvons pas être compétitifs sur les prix », poursuit-il.

Les produits textiles égyptiens sont doublement menacés par la fabrication clandestine de vêtements sportifs par les ressortissants chinois. « Ils achètent en grande quantité des tissus égyptiens avec lesquels ils contrefont un modèle qui existe déjà sur le marché. Ils apposent sur le produit final le label Made in China. Ce sont des entreprises familiales installées dans des quartiers populaires. Et comme ce sont de très gros travailleurs, ils fabriquent une grosse quantité qu’ils revendent ensuite à des prix inférieurs à celui du produit copié », explique un fabricant de tissus de vêtements sportifs installé dans la région du Mouski. L'année dernière, sa production a enregistré une baise de 40 %.

« Impossible de connaître le nombre exact de petites entreprises clandestines. Nous ne pouvons pas frapper à toutes les portes pour voir ce qui se passe derrière », se défend un haut fonctionnaire de l’Organisme des contrôles industriels qui tient à conserver l’anonymat. Cet organe dépendant du ministère de l’Industrie a en charge de vérifier les licences des usines ainsi que la qualité des produits.

Par ailleurs, « il existe des fabricants chinois qui sous-louent au noir des petites usines où ils fabriquent leurs produits », explique-t-il. « Ceux-là, nous les obligeons à officier au grand jour. C’est la seule façon de les faire entrer dans le système, afin qu’ils payent une taxe sur la production comme les autres », affirme-t-il. L’engouement pour le « Made In China » est « une épidémie qu’il faut stopper », poursuit-il. Mais la tentative de contrer l'anarchie des prix et produits sur le marché égyptien est pour l'instant très inefficace.

Ida Ghali

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