Vingt-sept
investigations sont actuellement menées par les autorités
américaines pour savoir où sont passés les fonds consacrés
à la reconstruction de l'Iraq. L'affaire fait scandale.
Les rapports et les déclarations se succèdent.
Ainsi, un rapport publié le mois dernier
par « Christian Aid », une ONG internationale
qui s’occupe de développement, accuse la coalition d'avoir
omis de comptabiliser jusqu’à 20 milliards de dollars
de ces fonds, y compris 4 milliards de dollars de revenus
du pétrole iraqien. « Nous n’avons aucune idée
du total des sommes consacrées aux fonds iraqiens, ni
des entreprises qui concluent les contrats, ni la valeur
ou le genre de ces contrats. Bref, nous ne pouvons pas
juger si l’argent a été dépensé ou non dans l’intérêt
de l’Iraq », regrette un diplomate de l'Onu.
Un autre rapport gouvernemental américain,
effectué par Stewart Boen, l’inspecteur général des travaux
de la coalition de l’Iraq, a confirmé également le vol
des fonds de la reconstruction par les Américains au cours
de l’année d'occupation. « L’administration financière
de la coalition a fortement manipulé les contrats et les
souscriptions qu’elle a effectués. Un haut conseiller
américain a attribué, à une seule entreprise, un contrat
de sécurité d’une valeur de 7,2 millions de dollars. Un
autre homme d’affaires a reçu une somme de 3,3 millions
de dollars à titre de salaires versés à ses employés fictifs
dans un contrat de pipeline pétrolier », cite
Boen.
Les libéraux démocrates ont, pour leur
part, mené une enquête sur la manière dont l'Administration
américaine à Bagdad s'est occupée des revenus pétroliers
de l'Iraq au cours de cette année d’occupation. Ils ont
découvert que les forces de la coalition, qui étaient
censées exploiter tous les revenus pétroliers, estimés
à environ 12 milliards de dollars par an, dans des projets
de reconstruction, en ont usurpé tout simplement 3,7 milliards
de dollars. « Des milliards de dollars ont été
alloués à des projets qui ne sont pas dans l'intérêt des
Iraqiens. Le 15 mai dernier, 2 milliards de dollars ont
été alloués par la coalition à un projet d’infrastructures
illusoire. 500 millions ont été consacrés à la protection
de la coalition », affirme un des démocrates.
Même si les chiffres diffèrent, une chose
est certaine : la coalition a volé les fonds consacrés
à la reconstruction de l’Iraq, notamment les revenus pétroliers,
principale source de ces fonds.
Déjà, grâce à une combinaison des revenus
du pétrole de l'année dernière et des fonds déjà existants,
près de 20 milliards de dollars de fonds iraqiens devaient
être cédés au Fonds pour le développement de l'Iraq, afin
de financer les opérations du gouvernement et les projets
de reconstruction. Un supplément de 8 milliards de dollars
de revenus du pétrole devrait enrichir ce fonds, vers
la fin de 2004. Surtout que la production pétrolière de
l'Iraq pourrait atteindre 3 millions de barils par jour — des
niveaux jamais vus depuis l'opération Tempête du désert —,
d'autant plus que l'Iraq a la capacité de produire plus.
Or cet argent s'est volatilisé. Le Financial
Times, à titre d'exemple, a cité des contrats de reconstruction
de l'Iraq qui ont été décernés sans offre compétitive,
particulièrement à la compagnie américaine Halliburton,
qui a reçu jusqu’à 1,6 milliard de dollars sous forme
de contrats. Malgré les demandes incessantes de l'Onu,
la coalition n'a toujours pas donné d’information sur
ces contrats non compétitifs.
« Les contrats de grande valeur
n’ont été accordés qu’aux entreprises américaines et les
entreprises iraqiennes n’ont commencé à recevoir des contrats
pétroliers que depuis deux mois seulement. Et à condition
que la valeur de leurs projets ne dépasse pas les 500 000
dollars, alors que les contrats des entreprises américaines
dépassaient de loin les 5 millions de dollars »,
regrette un commissaire iraqien.
Plus encore, l'aide américaine allouée
à l'Iraq n'a pas été versée. En fait, seule une maigre
somme de 37,6 millions de dollars, soit 2 % des 18,4
milliards de dollars promis par les Etats-Unis pour la
reconstruction, ont été effectivement versés. « Malgré
les déclarations des personnalités de la Maison Blanche
et malgré toute la rhétorique sur la construction d'un
nouvel Iraq, les Etats-Unis n’ont pas dépensé un seul
cent de leurs sous », conclut le diplomate de
l’Onu.