Il
est clair que le grand événement pour les Palestiniens
en 2005 sera les élections. D’autant plus que la situation
palestinienne présageait d’un chaos politique et social
vers la fin de l’année. Les troubles se sont intensifiés
à Gaza l’été dernier pour gagner ensuite la Cisjordanie.
Les craintes d’un déchirement interpalestinien — qui ne
prendrait pas l’ampleur d’une guerre civile — hantaient
les esprits et se faisaient de plus en plus nombreuses.
L’un des pires scénarios commençait
à prendre forme avec l’incapacité palestinienne à mettre
de l’ordre dans sa propre maison, avec l’insistance
de Sharon d’exécuter coûte que coûte son plan de désengagement
de Gaza, sans coordination aucune avec l’Autorité palestinienne.
Celle-ci vivait une paralysie ou presque, avec un président
confiné 3 ans durant dans sa Moqataa. Le mot d’ordre
était plutôt celui de la déprime avec, en conséquence,
le gel d’une situation palestinienne déjà bien mal en
point. Arafat craignait qu’on ne lui ôte l’infime influence
dont il disposait, c’est pourquoi il n’avait d’autre
choix que de maintenir le statu quo. Ahmad Qoreï, le
chef du gouvernement, redoutait la répétition du scénario
de confrontation qui avait antérieurement opposé Mahmoud
Abbass (Abou-Mazen) et le président Yasser Arafat. Raison
pour laquelle il a préféré garder le silence et a opté
pour l’immobilisme de peur de susciter les suspicions
et les angoisses du raïs.
Au moment où l’Egypte déployait des
efforts successifs pour apaiser la situation palestinienne,
notamment relier le retrait de Gaza à la Feuille de
route et éviter que le chaos ne s’installe avec le retrait
israélien unilatéral, Arafat quittait notre monde. Son
absence a mis les Palestiniens dans une situation de
défi incontournable et les a plongés dans une ambiance
de tristesse et de détresse sans pareille.
La mort du leader palestinien Yasser
Arafat a basculé les Palestiniens dans une situation
explosive qui les a perturbés mais qui a beaucoup apporté
à leur solidarité dans la lutte. Non seulement par loyauté
envers la personne même d’Arafat, mais aussi par respect
pour un parcours de combattant unique en son genre et
pour un itinéraire historique particulièrement chargé.
D’ailleurs, la succession palestinienne
qui s’est jouée en quelques heures, apparemment sans
trop de problèmes, a étonné le monde. Personne ne s’attendait
à cette maturité de la direction palestinienne. Alors
que la tenue des élections a fait l’objet de différends,
il n’en demeure pas moins que ses détracteurs n’ont
rien fait pour les suspendre ou les compromettre. Ce
qui nous amène à dire que l’année 2005 portera en elle
les prémices d’un optimisme mesuré, voire de bons présages,
à trois conditions : la réforme de l’autorité, une bonne
réorganisation de la demeure palestinienne et pour finir,
la révision sérieuse de la performance sécuritaire.
La réforme de l’Autorité est à la fois
une mission des plus aisées et des plus ardues. Réalisable
en effet par l’application des bonnes décisions sur
un terrain propice. Sans compter la bénédiction absolue
de l’ensemble de l’échiquier politique palestinien.
Le peuple palestinien voit en cette réforme une sorte
de compensation à sa souffrance sous l’Intifada et les
opposants, qui sont minoritaires, sont ceux qui profitent
de la corruption.
La réforme de l’Autorité est une étape
préliminaire à la seconde étape, relative à la relance
du dialogue national palestinien autour de la réorganisation
de l’espace palestinien. Par ailleurs, les factions
palestiniennes sont d’accord sur le principe d’un dialogue
qui les réunirait tous au Caire, en mars prochain. La
condition pour la réussite de ce dialogue — qui est
censé changer la réalité palestinienne sur le terrain
— est une participation plus élargie du Hamas et du
Djihad au terme de laquelle ces mouvements pourront
intégrer le comité exécutif de l’Organisation de Libération
de la Palestine (OLP). D’autant plus qu’il est impossible
de former un leadership uni, au sens propre du terme,
dans un climat de divergences stratégiques et d’antagonismes,
surtout si les divergences sont difficiles à régler,
comme l’objectif de libérer la Palestine depuis la Méditerranée
jusqu’au Jourdain et l’établissement d’un Etat palestinien
en retournant aux lignes de 1967.
La libération de la Palestine dans
les circonstances actuelles dépasse complètement l’imaginaire
et se présente comme une impossibilité politique. Pour
que les Palestiniens soient prêts à renoncer à ce rêve,
il faut qu’ils parviennent à une formule d’entente nationale
en compensation. Une entente qui jetterait a fortiori
les bases de toute coopération et solidarité à venir
entre les différentes composantes palestiniennes. Avec,
en tête, la création d’un Etat palestinien démocratique
qui ferait de lui non seulement un modèle politique,
mais aussi une force économique.
Cette fameuse réorganisation mentionnée
plus haut est intrinsèquement liée à une révision de
la performance sécuritaire qui a entraîné la détérioration
aiguë de la situation en Palestine. Il n’en demeure
pas moins que cette révision doit se faire en toute
objectivité et avec audace, en essayant de transcender
les intérêts des factions, dont l’idéologie est rigide
et ne reconnaît jamais l’erreur. Ce qui mérite le plus
d’être révisé dans ce contexte, c’est l’expérience de
la militarisation de l’Intifada et les dégâts qu’elle
a causés en général. Il est nécessaire de noter qu’il
existe une différence de fond entre la révision et le
recul tactique, si minime soit-il, due à l’épuisement
dans toutes ses formes. Cette dite révision est liée
à l’avenir et à la performance de la lutte palestinienne.
Elle implique néanmoins le changement des bases fondamentales
de l’œuvre nationale, notamment à propos de la notion
même de résistance, synonyme hélas de suicide. La cause
de la libération nationale n’aura aucun avenir si la
conception de la résistance reste embrouillée dans les
esprits.
La détérioration de la situation palestinienne
ces deux dernières années a été ressentie tant au niveau
politique que militaire. La réussite, elle, est devenue
un slogan creux et les interminables discours éloquents
sont hélas incapables d’éviter la catastrophe.