La
plus grande peinture murale de l’histoire islamique
a été dernièrement découverte lors des travaux de restauration
effectués par une équipe du Conseil Suprême des Antiquités
(CSA), à l’intérieur de la maison Al-Sett Wassila, une
des plus belles demeures historiques du Caire islamique.
Mesurant 3 m de long et 2,5 m de large, cette fresque
est une nature morte qui a été trouvée dans le maqaad
al-seifi (la résidence d’été) situé au premier étage
de la maison.
Jouxtant
la maison Harrawi, Beit Al-Sett Wassila est située dans
le quartier d’Al-Azhar, en plein cœur du Caire islamique.
L’édifice, qui date du XVIIe siècle, a été construit
par le cheikh Abdel-Haq et son frère Loutfi Al-Kénani
en 1074 de l’hégire (soit 1664 de l’ère chrétienne)
et porte le nom de la dernière personne qui y a résidé.
Une fois franchi le seuil de la porte, le visiteur se
croit revenir plusieurs siècles en arrière. Il s’agit
d’une magnifique demeure bourgeoise largement éclairée
et aérée par de grands moucharabiehs.
Le
rez-de-chaussée de la maison est aujourd’hui sous-terre
: on y descend par six marches d’escaliers. On y trouve
al-maqaad, la salle de réception des hommes. Au premier
étage, se trouvent des appartements privés réservés
au harem. Ceux-ci sont entourés de belles boiseries
et surmontés d’un superbe plafond polychrome. C’est
une des maisons les plus impressionnantes de l’époque
ottomane qui formaient autrefois un grand ensemble desservi
par plusieurs ruelles et impasses du Caire islamique.
Les fenêtres de la maison sont des moucharabiehs qui
donnent sur une impasse qui porte le nom d’Al-Sett Wassila.
Ce
n’est pas seulement cette grande peinture murale qui
a été trouvée. Lors des travaux de restauration, près
d’une vingtaine d’autres magnifiques fresques et peintures
murales ont été révélées. Celles-ci sont surtout des
scènes de la nature, des jardins, des vases pour les
fleurs, des demeures. Parmi les fresques les plus remarquables,
la scène d’un pèlerinage, représentant la Kaaba de La
Mecque, attire l’attention.
La
plupart des peintures murales rénovées sont en très
bon état, elles ont été découvertes lors du nettoyage
des murs de l’édifice. « Les gens qui ont habité la
maison après Al-Sett Wassila ont recouvert les murs
et les fresques par des couches de peinture. Lors de
la restauration, on a pu enlever la couche qui couvre
les fresques », explique Sayed Ismaïl, directeur de
la zone archéologique du nord du Caire.
D’ailleurs,
presque toutes les salles de cette demeure sont couvertes
de magnifiques fresques et de peintures murales. « Ces
peintures sont une grande découverte pour l’archéologie
islamique », estime Sayed Ismaïl.
«
Quatorze de ces fresques avaient été découvertes par
Bernard Maury, directeur de la mission française dans
les années 1980, quand il faisait des restaurations
dans cette maison. A cette époque, le CSA avait transféré
les fresques et les peintures trouvées vers le département
de restauration de la Citadelle du Caire », souligne
Marwa Sayed, inspectrice dans la zone archéologique
du nord du Caire. Une fois ces quatorze fresques restaurées,
elles ont été remises dans la maison, chacune à sa place
d’origine.
Menés
dans le cadre du projet de réaménagement du Caire islamique,
les travaux de restauration de la maison d’Al-Sett Wassila
sont sur le point d’être achevés. « Beit Al-Sett Wassila
fut sauvée de la destruction. La maison est aujourd’hui
prête pour être inaugurée prochainement. Il ne manque
que quelques travaux d’éclairage. La maison est aujourd’hui
un bon exemple de restauration d’un bâtiment », affirme
Sayed Ismaïl.
«
Nous pensons à une nouvelle utilisation de cette maison
», souligne Aymane Abdel-Moneim, directeur du projet
de restauration. A savoir que les maisons Al-Harrawi
et Zeinab Khatoun, voisines de Beit Al-Sett Wassila,
ont été transformées en centres culturels et parfois
utilisées comme galeries d’art. Différents artistes
y exposent tout au long de l’année. Au mois de Ramadan,
l’atmosphère y est très chaleureuse. Des poètes viennent
chanter leurs vers, avec accompagnement musical. Il
y a aussi des mélodrames qui ont l’avantage de faire
valoir l’improvisation. « Beit Al-Sett Wassila est un
endroit idéal pour y faire un centre culturel. Il pourrait
être réutilisé pour cela, d’autant plus que les touristes
et les étrangers résidant en Egypte apprécient ce genre
de spectacles et que la maison est située au cœur d’un
quartier historique qui offre un éventail incomparable
de richesses architecturales », reprend-il.