Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Patrimoine

La Une
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Calendriers. A l’aube du troisième millénaire, il est fascinant de s’arrêter sur la façon dont les Anciens faisaient le décompte du temps. La construction calendaire des Anciens Egyptiens est remarquable à bien des égards.

Partitions millénaires

Les Egyptiens, vivant en contact étroit avec la nature, ont observé, bien avant l’invention de l’écriture, les étoiles et les différentes phases de la lune. Ils voyaient dans le ciel l’expression d’un ordre supérieur, qu’ils tentèrent durant toute leur histoire d’exprimer dans leur vie de tous les jours. Agriculteurs, ils reconnaissent très tôt l’importance des solstices et des équinoxes. Aussi, le soleil était l’objet de vénération des Egyptiens, dans une région où il ne pleut que rarement, surtout en Haute-Egypte. Ainsi, pour qu’un calendrier soit bon, il faut que les passages du soleil aux mêmes points de l’écliptique se produisent toujours à la même date, de sorte que les saisons soient toujours comprises entre les mêmes dates. Et c’est en fait aux Anciens Egyptiens que nous devons la connaissance de l’année solaire de 365 jours et un quart.

Tout au début de l’époque archaïque, avant le IVe millénaire, les Egyptiens utilisaient, pour leurs datations, le cycle lunaire, qui compte 354 jours. Les douze mois lunaires comportaient alternativement 29 et 30 jours. Ce calendrier aboutit à un décalage annuel de 11 jours par rapport à l’année solaire. Or tous les 32 ou 33 ans, le début de l’année lunaire pouvait coïncider avec le début de l’année solaire.

C’est probablement durant la IIIe dynastie de l’Ancien Empire pharaonique (2800 av. J.-C.), et plus précisément sous le règne du roi Djéser, que l’Egypte s’est dotée d’un calendrier beaucoup plus fixe, fondé sur l’apparition annuelle d’une étoile très brillante, Sirius (Sotis en langue grecque). Le lever de Sirius en Egypte, en même temps que le soleil, coïncidait avec le début de la crue du Nil, pendant l’actuel mois de juin.

Ce lever héliaque n’est visible en Egypte qu’une fois par an, et c’est ainsi que l’année égyptienne comprit, à partir de ce moment, 365 jours répartis en 12 mois de 30 jours, et un 13e mois rajouté, composé de 5 jours, å épagomènes ò (du grec epagoménai, c’est-à-dire complémentaires). Ces jours å épagomènes ò célèbrent le temps sacré dans lesquels naissent 5 des divinités égyptiennes : Osiris, Isis, Seth, Horus et Nephtys. Ces 5 jours sont à considérer en dehors du temps chronologique et réservés à de très particulières et profondes méditations sur la création du monde. Durant cette période, qui a été calculée du 24 au 28 août de chaque année, aucun travail rituel n’est effectué.

Donc, l’observation du ciel avant, pendant et après la crue du Nil, eut une grande influence sur la création et le perfectionnement du calendrier égyptien, en ce qu’elle poussa à la détermination et à la notation d’une année fixe. On admet comme vraisemblable que les mois furent assez vite remplacés par 3 saisons de 4 mois chacune, auxquelles on donna, comme aux lunaisons, le nom d’année.


Les signes du zodiaque selon les Pharaons

L’astrologie égyptienne était enseignée uniquement dans les temples, et la recherche du destin à la naissance ne concerne que les privilégiés, rois ou prêtres. Les prêtes spécialistes sont appelés horoscopoï (qui signifie ceux qui observent l’heure) : d’abord chargés de mesurer le temps, ils devinrent des astrologues d’Etat. C’est le travail de ces astrologues qui donna naissance à l’horoscope que nous connaissons :

La saison Akhet, la première et celle de l’inondation, s’étale de juin à octobre. Elle comprend les mois de Thôt, Phaophi, Athyr et Choïak. La deuxième est Peret, la saison des semailles : elle commence en novembre et se termine en février. Peret comprend les mois de Tybi, Méchir, Phaménoth, Pharmouthi. La troisième et dernière saison est Chémou, la saison de la récolte, qui commence en mars et se termine fin juin. Cette dernière est composée de Pachons, Payni, Epiphi et Mésori.

Chaque mois comportait trois semaines de dix jours chacune. Ce système ne tenait pas compte du quart de journée supplémentaire par année que comprend le cycle solaire, sur lequel était pourtant fondée toute l’année agricole des Anciens Egyptiens, et qui a été calculé plus tard. Lorsque les Egyptiens se rendirent compte qu’il manquait un jour tous les quatre ans, vers la fin de l’époque pharaonique, sous Ptolémée III, le décalage fut partiellement corrigé, en 238 av. J.-C., à Canope (ville qui se trouvait près d’Alexandrie), par les prêtres égyptiens astronomes : on ajouta 1/4 de jour, soit 6 heures, c’est-à-dire concrètement un jour tous les quatre ans, à chaque année du cycle de Sirius ; c’est le « Décret de Canope », dont on possède quatre exemplaires (trois au Musée du Caire, un au Musée du Louvre).

Le système très simple utilisé avait certains avantages : il était clair et n’en était pas moins supérieur que les autres, puisqu’il avait l’avantage de ne présenter ni des mois de longueurs inégales, ni des semaines chevauchant les mois et les années. Le seul grand reproche que l’on puisse faire à ce système calendaire était le manque d’une année bissextile, qui apparaîtra seulement à l’époque des Ptolémées. A cause de cela, le calendrier prenait un jour de retard tous les quatre ans, de sorte que le calendrier se décalait progressivement par rapport à l’année naturelle. Les Egyptiens n’étaient pas gênés par ce décalage du calendrier civil, les travaux des champs dépendant de la crue du Nil qui avait lieu vers la fin mai.


Des jours et des heures

De même, le mois de trente jours ne coïncidait pas avec le cycle naturel de la lune. Beaucoup de fêtes étaient, par conséquent, célébrées sur la base de l’observation de la lune plutôt que sur les données du calendrier civil. Le jour, quant à lui, était divisé en 24 heures, soit 12 diurnes et 12 nocturnes. On mesurait le temps au moyen de clepsydres en forme de bol gradué, d’où l’eau tombait goutte à goutte par un trou. Pour exprimer une date, on écrivait par exemple : An 5, 3e mois de l’hiver, jour 13. Les astronomes de l’époque hellénistique n’ont pas manqué de reconnaître les avantages du calendrier égyptien et l’ont utilisé dans leurs calculs ; il a survécu au Moyen-Age et Copernic s’en est encore servi.

Dans l’usage courant, les heures n’étaient pas de longueur égale ; les 12 heures de soleil et les 12 heures d’obscurité variaient nécessairement selon les saisons ; en été les heures du jour s’allongeaient, celles de la nuit étaient courtes ; en hiver la situation se renversait. Mais l’« heure égale » était déjà connue. L’astronomie hellénistique la subdivisera en 60 minutes en s’inspirant du système sexagésimal qui, lui, est d’origine babylonienne, mais elle gardera, et nous à sa suite, le principe égyptien.

Lorsque l’Egypte fut réduite à une province romaine, après l’effondrement de l’empire ptolémaïque sous Cléopâtre VII, l’empereur romain Jules César y introduisit son calendrier en l’an 30 av. J.-C. Colonisés par les Romains, les Anciens Egyptiens ont vu leur calendrier perdre son importance. Aujourd’hui, et pour des raisons uniquement religieuses, seul le calendrier de l’ère des martyrs (calendrier copte) maintient des traces importantes du calendrier antique.


Le calendrier de Jules César !

Le calendrier romain, avant le règne de Jules César, était un calendrier solaire classique qui, comme la plupart des calendriers antiques, accumulait un décalage sur le temps réellement mis par la terre pour tourner autour du soleil. Sur les conseils de son astronome Sosigène, Jules César réforma le calendrier égyptien. Il décida que tous les 4 ans, l’année aurait 366 jours au lieu de 365. A cette époque, le jour supplémentaire a été rajouté au mois de février.

Les Romains commençaient l’année le premier mars, c’est d’après eux que les mois de septembre (7e mois), octobre (8e mois), novembre (9e mois) et décembre (10e mois) conservent toujours leur dénomination dans le calendrier romain. Ce calendrier n’était pas encore parfait, car il attribuait à l’année astronomique des saisons fondées sur la révolution de la terre autour du soleil, une valeur un peu trop forte. En effet, la valeur réelle desjours de l’année est de 365,24226 jours et non de 365,25 jours. Il y avait donc tous les ans une erreur de 0,00774 jour en excès. Au bout de quatre cents ans, cette erreur atteignait la valeur de 3,096 jours.

César et Auguste travaillèrent eux aussi à la réforme du calendrier : ils y firent placer leurs deux noms : Quinctilis, le mois où César était né, reçu le nom de julius (juillet), la seconde année julienne fut celle de la mort du dictateur. Auguste substitua lui-même son nom à celui du mois sextilis, qui devint augustus (août). Le calendrier julien fut en usage dans l’ancien monde romain pendant plus de 16 siècles.


Le calendrier grégorien

Mais le calendrier julien n’est pas parfait non plus. Il faisait durer l’année de 11 minutes et 14 secondes de plus que l’année solaire. En 1582 ap. J.-C., la différence cumulée représentait environ une dizaine de jours. En cette année, le pape Grégoire XIII de Rome modifia le calendrier julien sur l’avis de ses astronomes. C’était eux qui avaient remarqué plusieurs jours de décalage entre la date des fêtes fixées à leur concile religieux (Nicée) en 325 ap. J.-C. et celles de l’époque. Pour rattraper l’année solaire, un décret gouvernemental fixa le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 (julien) par le vendredi 15 octobre (grégorien) de la même année. Le calendrier grégorien est celui qui est le plus largement utilisé actuellement.


Noël, le 25 décembre et le 7 janvier ?

Malgré toutes les corrections qui lui ont été faites, le calendrier julien a continué d’enregistrer un décalage avec la révolution de la terre autour du soleil. Aujourd’hui, le calendrier julien enregistre un retard de 13 jours sur le calendrier grégorien. Bien qu’il ne soit plus officiellement utilisé par les pays, le calendrier julien est toujours en vigueur pour calculer les dates des fêtes religieuses des rites chrétiens orthodoxes. Ainsi, le Noël orthodoxe tombe non pas le 25 décembre 2004 mais le 7 janvier 2005.

Tout au long de l’histoire de l’humanité, les rectifications exercées sur les calendriers manquent quand même de précision. Les savants ont remarqué que l’année du calendrier grégorien comprenait 3 jours de trop tous les 10 000 ans. De même qu’il ne tient pas compte de l’allongement de l’année dû au ralentissement de la rotation terrestre qui mesure 0.60 s au bout d’un siècle.

Lunaires ou solaires, égyptiens, grecs ou indiens, les calendriers sont là pour calculer le temps qui passe et fixer les moments passés ou futurs de nos joies et nos peines. Le proverbe antique nous enseigne que le regret sur ce qui a passé ne mène à rien ...

Goûte l’heure qui sonne à l’horloge du temps,

Sans stériles regrets et sans attentes vaines,

Et souris à la vie avec des yeux contents.

Loula Lahham
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631