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Santé.
Ces dernières années, de nouveaux vaccins ont fait leur
apparition sur le marché et sont devenus l’objet d’un
véritable commerce. Profitant de la publicité et des rumeurs,
médecins et pharmaciens recourent à tous les subterfuges
pour engranger des profits. |
La
saga des vaccins |
C’est
la cohue au sein de l’Organisme des vaccins et des sérums.
Une centaine de personnes, tous âges confondus, accompagnées
de leurs enfants, attendent leur tour. Certains sont là
pour se faire vacciner, d’autres pour s’approvisionner
en vaccins. Des futurs pèlerins sur le point de partir
à La Mecque, des parents soucieux de protéger leurs enfants
contre la grippe, des médecins et pharmaciens venus commander
des vaccins en tous genres. On assiste à un va-et-vient
incessant dans le corridor qui mène à l’Unité de vaccination.
Une infirmière retire des réfrigérateurs les vaccins et
les remet rapidement au médecin pour épargner aux gens
les files d’attente. « Cette affluence en cette saison
hivernale est tout à fait normale. On accueille 750 personnes
par jour qui demandent à se faire vacciner contre la grippe
notamment, la méningite, et d’autres vaccins obligatoires
pour ceux qui sont sur le point de voyager », explique
le Dr Manal Nour, chef de l’Unité de vaccination.
Nadia,
fonctionnaire, a pris congé pour venir vacciner contre
la grippe son enfant âgé de 4 ans. « J’ai fait le tour
de nombreuses pharmacies de mon quartier de Choubra Al-Kheima
en quête de ce vaccin, en vain. Et quand je l’ai trouvé
par hasard dans une pharmacie en ville, son prix avait
doublé », commente-t-elle tout en ajoutant que le ministère
de la Santé aurait dû imposer un prix fixe au lieu de
laisser les pharmacies spéculer sur sa valeur.
Nadia
n’est pas la seule à vouloir protéger son fils contre
le virus de la grippe. Et comme dans tous les domaines,
il existe aussi une médecine de luxe et des vaccins de
luxe. Beaucoup de citoyens veulent se protéger contre
l’hépatite A, dont le vaccin se vend à 200 L.E., ou encore
contre l’haémophlis influenza, à 160 L.E. Mais dans une
société où 25 % de la population vit en dessous du seuil
de pauvreté, la majorité doit se contenter des vaccins
fournis par le ministère de la Santé et qui font partie
du programme de vaccination gratuite (comme la poliomyélite,
la diphtérie, la rougeole, la tuberculose, le tétanos
et la coqueluche).
Par
ailleurs, en 1999, le ministère de la Santé a inclus sur
sa liste un vaccin supplémentaire, celui de l’hépatite
B. Une décision qui vient suite aux recommandations de
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Même si son
coût revient à 2 dollars (le double du prix des six autres
vaccins obligatoires), c’est tout de même un vaccin qui
protège contre une affection mortelle. « Lorsqu’un enfant
est atteint à un âge précoce d’hépatite B, il risque de
développer un cancer du foie à l’âge de 50 ans. Pourquoi
courir un tel risque ? », souligne le Dr Moustapha Al-Mohamadi,
tout en ajoutant qu’il ne s’agit pas toujours d’une question
de budget, mais plutôt de priorité, sans oublier que le
changement des mentalités joue un rôle important dans
la propagation ou l’usage d’un tel vaccin.
En
effet, le marché des vaccins est devenu prospère ces dernières
années. De nouveaux vaccins ont fait leur apparition,
notamment celui de la malaria, outre des vaccins antidotes
contre les morsures de serpents ou de scorpions, ainsi
que des vaccins pour les patients souffrant d’une déficience
dans le système immunitaire. Et chaque saison apporte
ses propres vaccins. « Avec l’arrivée de l’hiver, on vient
se vacciner contre la grippe et l’haémophlis influenza,
en été contre l’hépatite A. Et pour la méningite, c’est
toute l’année », explique le Dr Manal Nour. |
Un
véritable marché noir
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Plusieurs
cliniques et hôpitaux privés profitent aussi du filon
et chacun aguiche la clientèle à sa manière. Les uns distribuent
des dépliants mentionnant la nature des vaccins, ou affichent
des pancartes au sein de leurs cliniques. D’autres encore
n’hésitent pas à se faire de la publicité dans différents
journaux. « Le Dr Gamal porte à la connaissance de ses
clients que toutes sortes de vaccins et en particulier
celui contre la grippe seront disponibles dans sa clinique
à partir du mois d’octobre à des prix défiant toute concurrence
». Tel est le genre d’annonces que l’on peut lire dans
la presse. Effectivement, ce médecin a trouvé la bonne
formule pour attirer sa clientèle, sachant pertinemment
que l’argent dépensé dans une telle publicité sera récupéré.
La preuve, sa clinique grouille de monde en cette période
hivernale. En fait, ce médecin n’oblige personne à se
faire vacciner, mais il a l’art de convaincre sa clientèle.
Une maman vient lui demander si un vaccin est réellement
efficace pour sa fille âgée de 8 ans. « On m’a appris
que le virus de la grippe changeait d’année en année et
qu’il valait mieux laisser le corps réagir pour renforcer
le système immunitaire », lui explique-t-elle.
Le
praticien sait jouer avec les sentiments des parents toujours
angoissés par la santé de leurs enfants. Avec éloquence,
il explique à cette mère les dangers du virus, en lui
citant quelques complications respiratoires qui risquent
d’entraîner une pneumonie et parfois la mort, notamment
chez les enfants souffrant d’allergies. « Deux millions
d’enfants souffrant de maladies respiratoires meurent
chaque année. S’il existe un vaccin qui offre une protection
contre la grippe, pourquoi ne pas protéger votre enfant
? », lui répond-il tout en ajoutant encore que par exemple,
l’haémophlis influenza type B (HIB) cause la pneumonie.
Cette maladie atteint généralement l’enfant avant l’âge
de 5 ans et risque de laisser des séquelles très graves,
à savoir des lésions du cerveau, si l’enfant n’est pas
vacciné. Convaincue, elle n’hésite pas à lui verser 60
L.E., alors qu’elle aurait pu économiser 20 L.E. en se
rendant dans un dispensaire situé dans un quartier populaire,
comme l’a fait sa voisine.
En
fait, chaque médecin fixe ses prix selon son emplacement
et sa réputation. Cependant, pour cerner ce véritable
marché noir des vaccins, le ministère de la Santé a décidé
de fixer les prix de vente des vaccins et vitamines. Mais
en attendant, médecins et pharmaciens en profitent au
maximum, car le marché est juteux.
Si
certains médecins, par intérêt, n’hésitent pas à vendre
de l’illusion aux gens, d’autres savent comment amplifier
la rumeur concernant la propagation d’une épidémie, exploitant
ainsi le manque de confiance des citoyens en leur gouvernement.
Pour preuve, l’an dernier, un élève s’est trouvé mal.
Transporté d’urgence à l’hôpital des maladies fiévreuses,
il décéda dès son arrivée. Deux jours plus tard, une autre
élève de la même école a présenté les mêmes symptômes.
Cette forte fièvre a laissé croire qu’il s’agissait d’une
épidémie de méningite.
Rumeurs
ou vérité ? Les parents, affolés, ont pris d’assaut les
cliniques et les pharmacies pour faire vacciner leurs
enfants. Le prix de ce vaccin est passé de 25 à 175 L.E.
Voulant accroître ses recettes, un pédiatre installé dans
un quartier populaire a créé son propre support publicitaire.
Utilisant un véhicule doté d’un haut-parleur, il a chargé
son secrétaire d’inviter le voisinage à faire vacciner
les enfants contre la méningite dans son cabinet sous
prétexte qu’un cas avait été détecté dans ce même quartier.
Résultat : la population affolée a afflué en masse dans
sa clinique, ce qui s’est répercuté sur les bénéfices.
Mais cela n’a pas duré : un service de contrôle dépendant
du ministère de la Santé a fait irruption chez lui. Non
seulement le service a constaté que ce médecin spéculait
sur les prix des différents vaccins, mais pire encore,
que les vaccins étaient entreposés à la mauvaise température,
ce qui les rend impropres à l’utilisation. Ce médecin
aurait tranquillement pu continuer ses affaires douteuses.
Mais en voulant faire sa publicité, il a tout simplement
attiré l’attention des autorités sur ses agissements malhonnêtes |
Chahinaz
Gheith |
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