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Bilan 2004.
L’année 2004 aura vu l’ère Abou-Mazen pratiquement
commencer avec une nouvelle donne teintée de réalisme
politique. |
| Vers
des négociations forcées en Palestine |
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Personne
ne l’aurait imaginé, mais Ariel Sharon ne pouvait espérer
mieux. Yasser Arafat et Cheikh Yassine meurent la même
année. 2004 fut l’année de deuil par excellence pour les
Palestiniens, mais aussi une année qui marque une rupture
avec ce passé de lutte et de négociations. La disparition
d’Abou-Ammar et de Yassine a provoqué choc et satisfaction
chez les uns ou les autres, mais plus encore elle a soulevé
des questions qui demeurent toujours sans réponses. Assisterons-nous
à une relance du processus de paix israélo-palestinien
ou à davantage de blocage et à une guerre civile inter-palestinienne
? 2005 sera-t-elle cette année qui mettra fin aux mouvements
de la résistance palestinienne ?
« Cette analyse
ne peut-être acceptable que selon le point de vue américain
et israélien, et même européen. Mais selon celui des Arabes
et des Palestiniens, le processus de paix restera au point
mort », affirme Mohamad Al-Sayed Saïd, directeur du Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Arafat, accusé d’être impliqué dans les violences palestiniennes
et d’être le principal obstacle à la paix au Proche-Orient,
a été boycotté pendant quatre ans par Israël et les Etats-Unis.
Ce qui a aussi été le prétexte israélien au gel des négociations
avec les Palestiniens. Ce prétexte a été enterré avec
Arafat. Sharon, coincé, le savait et pour cela il a multiplié
depuis des déclarations qui laisseraient entendre qu’un
nouvel ordre aurait été créé. « L’année 2005 offre une
chance historique de percée avec les Palestiniens que
nous attendons depuis des années (...). Je n’ai jamais
pensé que le désengagement de Gaza était une panacée.
Je ne l’ai amorcé que parce que je n’avais pas de partenaire
... Mais maintenant qu’Arafat nous a quittés, je crois
qu’une occasion se présente et je ne la raterai pas ».
S’agit-il vraiment d’une véritable occasion pour la paix
? Si oui, pourquoi a-t-il refusé de participer à une conférence
en 2005 sur le Proche-Orient proposée par le chef du gouvernement
britannique Tony Blair ? Tout simplement parce que l’ordre
du jour des Palestiniens est bien différent de celui des
Israéliens. Les premiers espèrent certes aborder les sujets
les plus épineux tels que la question des frontières,
le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés palestiniens,
alors que l’Etat hébreu souhaite que cette conférence
de Londres soit l’occasion de mettre à plat les institutions
palestiniennes et leurs réformes. La mort du vieux lion
ouvre en effet une nouvelle ère pour ces institutions.
Signe de ce changement, Sharon a autorisé pour la première
fois depuis quatre ans, le numéro un palestinien Mahmoud
Abbass à assister à la messe de Noël à Bethléem. Des festivités
dont Arafat avait été privé sans que personne ne se mobilise.
Israël a en outre allégé les restrictions de circulation
pour permettre aux pèlerins de célébrer la naissance du
Christ. Une façon de manifester sa bonne volonté peut-être,
mais aussi une tentative pour Sharon de casser la chaîne
qu’il avait installée autour du processus diplomatique.
Emad Gad,
directeur de l’Organisation arabe de lutte contre la discrimination,
affirme ainsi que « la mort d’Arafat met Sharon dans une
situation difficile face à la communauté internationale,
mais aussi devant son propre parti ». Le président palestinien
a en effet quitté la scène au moment où Sharon tentait
de vendre son plan de retrait unilatéral de la bande de
Gaza. Face à l’opposition au sein du Likoud, son propre
parti, Sharon a soutenu pendant des mois qu’il ne cherchait
pas à obtenir des concessions en échange du retrait de
ce territoire, parce que tant qu’Arafat était au pouvoir,
Israël n’avait aucun partenaire pour négocier. Avec une
nouvelle direction palestinienne, ce prétexte s’est écroulé.
Sur le plan intérieur palestinien, la question du moment
était celle de la succession et la crainte du chaos. Mohamad
Al-Sayed Saïd avance : « Après sa mort, tout le monde
prédisait qu’il y aurait un manque de préparation de la
part des Palestiniens pour assurer la succession de leur
président, lequel pourrait provoquer une période de transition
chaotique. Il n’en fut rien. Selon toutes les apparences
et jusqu’à présent, les Palestiniens ont réussi à gérer
l’après-Arafat ». Le post-Abou-Ammar reste cependant indécis.
Même si on connaît au préalable les résultats du scrutin
du 9 janvier, rien ne garantit un débordement de part
et d’autre des territoires occupés. Les partisans du Hamas
ou même de Barghouti, qui a renoncé à sa candidature pour
la présidence au grand profit d’Abou-Mazen, pourraient
bouleverser la situation. Bien qu’il s’agisse d’une banale
élection présidentielle, ce scrutin aura valeur de référendum
d’autodétermination. Plus critiques étaient peut-être
les élections municipales, les premières depuis 28 ans,
qui ont eu lieu le 23 décembre dans 26 localités de Cisjordanie.
Un scrutin similaire devrait avoir lieu dans les prochains
mois dans le reste des territoires palestiniens. « Ces
élections, les premières depuis 1976, se déroulent dans
des conditions difficiles. Elles reflètent la voie démocratique
que nous avons choisie pour bâtir l’Etat palestinien »,
a affirmé l’actuel premier ministre, Ahmad Qoreï, en déposant
son bulletin de vote. Défi interne, mais externe aussi,
pour le futur président palestinien.
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L’Egypte mise à distance ?
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Abou-Mazen
a ainsi rompu avec la traditionnelle ligne adoptée par
Abou-Ammar. Gad estime que Mahmoud Abbass tente de limiter
le rôle égyptien en tant que médiateur dans les négociations
de paix. Abbass étant qualifié de « favori » des Américains
et apprécié des Israéliens, il n’aura plus besoin du soutien
du Caire comme ce fut le cas de son prédécesseur passionné
d’Egypte. Visites remarquables à Damas et à Koweït City,
ennemi déclaré ou non d’Arafat, Abou-Mazen construit des
ponts avec les Arabes. Ces derniers aussi, car comme le
dit Mohamad Al-Sayed Saïd, « se sentent plus à l’aise
avec l’arrivée d’Abou-Mazen, qui représente une direction
acceptée par les Etats-Unis ». Même si dans son discours
de campagne il a, tour à tour, fustigé l’occupation israélienne,
prévenu que le retrait de Gaza devrait être suivi par
d’autres retraits, maintenu l’exigence du droit au retour
des réfugiés palestiniens et posé, comme condition à la
paix, la libération de tous les détenus palestiniens,
y compris Marwane Barghouti, le plus célèbre d’entre eux.
L’Administration Bush, pour son second mandat, et avec
cette année qui s’achève, se voit obligé de modifier son
discours vis-à-vis de l’OLP. Pas question de laisser le
processus aux seuls acteurs de la région, simplement parce
que l’immobilisme américain n’est plus d’actualité . |
| Chaïmaa
Abdel-Hamid
Aliaa Al-Korachi |
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Trois
questions à |
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Kayed Al-Ghoul,
membre du Front Populaire de Libération de la Palestine
(FPLP). Il affirme que les Palestiniens ne peuvent souscrire
à la vision israélo-américaine de la paix.
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Al-Ahram
Hebdo : Cette année, qui a été marquée par la disparition
de Yasser Arafat, représente-t-elle un tournant dans le
conflit israélo-arabe ?
Kayed Al-Ghoul : Le président
Arafat a certes provoqué un vide par sa disparition ;
il était le symbole de la Palestine et de son peuple.
Cependant, sa mort ne marque pas un véritable changement
dans le conflit israélo-arabe. Car Abou-Ammar ne représentait
pas un obstacle aux efforts politiques qui se déployaient.
Bien au contraire, Arafat appelait toujours à résoudre
le conflit palestino-israélien conformément aux décisions
et résolutions internationales. Il ne faut pas oublier
que le président palestinien fut celui qui a décidé de
reconnaître l’Etat israélien malgré le grand désaccord
de la rue palestinienne. Israël et d’autres forces internationales
ont eu cette illusion que le processus de paix pourrait
être relancé après la disparition du président de l’OLP
(Organisation de Libération de la Palestine). Je pense
que c’est le contraire qui va se produire. Israël va profiter
de cette situation pour exercer plus de pressions sur
l’Autorité palestinienne afin que celle-ci accepte la
vision israélienne de la paix. Ce plan déjà rejeté par
Arafat consiste à ne se retirer que de 50 % à 52 % des
territoires de la Cisjordanie et non de la totalité des
territoires occupés en 1967. Ceci outre la question des
réfugiés, de Jérusalem et le mur de séparation qui se
veut être une frontière entre Palestiniens et Israéliens.
Les récentes déclarations du premier ministre israélien
Ariel Sharon, selon lesquelles il est d’accord avec le
président Bush sur ces grandes lignes, ne témoignent que
de l’amplification des pressions sur les Palestiniens
ainsi que sur les autres pays de la région pour les forcer
à accepter ce plan. S’il y a changement, ceci sera lié
non pas à la position israélo-américaine, mais à la disposition
des Palestiniens et de tous les Arabes à accepter cette
vision israélienne pour un règlement du conflit.
— Pensez-vous que les Arabes vont œuvrer
dans ce sens ?
— Il serait difficile aujourd’hui de
parler d’un changement de politique de la part des Arabes.
La plupart des régimes arabes n’ont pas réagi à la décision
israélienne de confiner le président Arafat à sa résidence
et de le couper du monde. Aujourd’hui encore, après sa
disparition, on les voit en train de se rapprocher d’Abou-Mazen,
quasi-numéro un palestinien en ce moment. Nous encourageons
toujours tout soutien arabe qui renforcerait notre résistance
à la politique coloniale israélienne et aux pressions
américaines, mais nous espérons qu’aucun pays arabe ne
nous poussera à faire des concessions supplémentaires
en dépit des pressions américaines.
— Et les Palestiniens, pourront-ils résister
aux pressions israélo-américaines ?
— Je ne crois pas que les Palestiniens
puissent accepter cette façon de résoudre le conflit même
si l’Autorité palestinienne veut donner l’impression du
contraire. La situation sur le plan interne avec toute
sa complexité et ses différentes factions politiques ne
permettrait pas d’opter pour cette alternative israélienne
de la paix.
Les Palestiniens doivent tenter de combler
le vide laissé par Arafat. Il faudrait un programme politique
commun assurant un nouveau partenariat politique, ouvrant
ainsi le champ à la participation de tous les mouvements
politiques dans le processus de prise de décision. La
réforme des institutions de l’OLP est aussi d’actualité.
Ce sont les seuls critères qui nous permettraient de parvenir
à un changement démocratique qui soit le nôtre et non
celui voulu par Israël et les Etats-Unis. Ceux-ci, tout
le monde le sait, veulent une direction qui se soumettrait
à leurs pressions et accepterait leurs solutions, lesquelles
s’opposent aux intérêts du peuple palestinien .
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Propos
recueillis par
A. K. et Ch.
H. |
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