| |
|
Bilan 2004. L’arrivée
massive en 2005 sur le marché égyptien de produits étrangers
hautement concurrentiels risque de mettre à rude épreuve une
économie en stagnation et une industrie peu compétitive.
|
|
L’OMC aux portes de l’Egypte
|
La
réforme ou la mort ... En fêtant le Nouvel An, l’Egypte n’aura
pas d’autre choix. Avis que partagent désormais experts, économistes,
hommes d’affaires et simples citoyens. Tournant décisif pour
l’économie nationale, telle sera 2005 qui sera l’année de mise
en œuvre de différents accords de libéralisation du commerce
signés par le gouvernement. D’abord les accords du Trips/ADPIC
de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur les droits
de propriété intellectuelle liée au commerce, relatifs entre
autres aux brevets sur les produits pharmaceutiques, puis la
dernière phase de l’accord avec l’OMC qui libéralise le secteur
de l’industrie textile, en passant par le Qiz qui instaure des
zones de libre-échange entre l’Egypte, Israël et les Etats-Unis
et l’accord d’Agadir pour une première zone arabe de libre-échange.
Le pays a-t-il été pris de court ? « L’Egypte a opté pour le
mauvais choix dès le début de son parcours. Elle n’a rien fait
pour sauver son industrie. Dans le secteur textile, par exemple,
toutes les mesures adoptées au cours des six années dites de
protection n’ont contribué qu’à la détérioration de cette industrie
de base ainsi qu’à l’expansion de la corruption des hommes d’affaires
», explique Ahmad Al-Naggar, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. D’une année à l’autre, les
autorités égyptiennes ne faisaient que repousser la date butoir.
Prétexte avancé : « se préparer à cette compétition féroce et
améliorer la qualité de ses produits » sans entreprendre de
véritable réforme dans ce secteur de l’habillement. Al-Naggar
rappelle ainsi comment le gouvernement s’est contenté d’imposer
une nouvelle taxe très élevée sur le prêt-à-porter importé,
bloquant ainsi l’entrée de marchandises
dans le pays et permettant aux hommes d’affaires
d’élever les prix à leur gré. Aujourd’hui, il faut compter
quelques jours, voire quelques heures, pour une libéralisation,
certes non partielle, de ce marché. Plus question de barrières
douanières. N’importe quel pays pourra librement exporter
ses produits vers le marché égyptien. L’Egypte pourra bien
sûr faire de même, mais rien ne garantit que l’industrie textile
locale est apte à faire concurrence. « Il faut admettre que
nos produits n’auront pas de place sur les marchés extérieurs.
La qualité médiocre, les prix trop élevés, le manque de technologie
et l’incapacité à fournir les matières premières nécessaires
rendent cette industrie très peu compétitive », explique Khaled
Abdel-Azim, secrétaire général de l’Union des industries.
Le gouvernement lui-même n’ose pas nier la fragilité de cette
industrie. Le ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur,
Rachid Mohamad Rachid, l’a récemment admis même du bout des
lèvres : « L’Egypte doit améliorer la qualité de ses produits
et augmenter sa compétitivité afin de pouvoir profiter des
accords de libre-échange et s’intégrer dans l’économie mondiale.
Sinon, ces accords ne nous seront d’aucun intérêt », a-t-il
déclaré. Un aveu tacite du danger qui menace l’industrie égyptienne
avec la fin de 2004. Il faut savoir que les principaux produits
exportés, sur le plan quantitatif, représentent structurellement
deux à trois fois moins que les importations et sont au niveau
qualitatif (pétrole, coton, produits agricoles), très vulnérables
parce que totalement dépendants des évolutions des cours mondiaux
des matières premières. En 2002/2003, les importations ont
atteint 14,7 milliards de dollars contre 8,2 milliards de
dollars d’exportations, enregistrant ainsi un déficit de 2,4
%. Et, en dépit des avantages comparatifs — dévaluation de
la monnaie, faible coût de la main-d’œuvre —, l’Egypte parvient
encore difficilement à améliorer la compétitivité de ses produits,
pour la simple raison que cette démarche est indissociable
de la restructuration profonde et de la modernisation de l’économie.
Selon les experts, si les industriels égyptiens
n’améliorent pas la qualité de leurs produits, ils ne pourront
pas résister. A ce moment, des centaines d’usines fermeront,
des milliers de personnes se retrouveront au chômage et l’industrie
nationale tombera dans une véritable impasse. Même l’accord
d’Agadir, dernier espoir pour l’Egypte, n’est plus qu’un mirage.
Il est vrai que l’Egypte a réussi à transformer son déficit
de la balance commerciale de 900 millions de dollars en 1998
en un surplus de 70 millions de dollars en 2003, mais cela
ne suffit pas, car la plupart des pays arabes membres de l’accord
d’Agadir ont également signé les accords avec l’OMC. Ce qui
revient à dire que les produits égyptiens, même sur les marchés
de ses partenaires arabes, feront face à la même impitoyable
compétition. « C’est un cercle vicieux. La seule solution
est une réforme structurelle rapide et efficace », souligne
Al-Naggar. Un avis que partage Gamal Al-Nazer, président de
l’Association des hommes d’affaires égyptiens, qui affirme
qu’une réforme économique globale est indispensable avec le
début de 2005. « Il est vrai que le nouveau gouvernement a
adopté plusieurs réformes, mais elles ne sont pas suffisantes.
Les produits des pays voisins profitent encore de privilèges
supplémentaires. Cela veut dire que tout ce que le gouvernement
a réalisé n’a aucun sens. A quoi sert une réduction des douanes
de 20 ou 30 % si dans les autres pays les taxes douanières
sont à zéro pour-cent ? », se demande-t-il. « Le gouvernement
doit assumer le coût d’une véritable réforme, même aux dépens
de son budget. Car si l’industrie égyptienne n’évolue pas,
cela mènera à la fermeture de nombreuses usines. C’est-à-dire
à un plus grand nombre de chômeurs, ce qui constituera un
plus grand fardeau pour le budget gouvernemental ». Avenir
bloqué ? Pour Al-Nazer, il est urgent de changer la face de
l’industrie égyptienne, c’est-à-dire supprimer les industries
non compétitives pour se concentrer sur celles dont la compétitivité
est avérée, comme celle de la céramique ou des produits agroalimentaires.
Recette rapide, mais est-elle faisable ou même suffisante
? L’Egypte n’a plus le choix. 2005 doit être l’année de la
véritable modernisation ou elle débutera sous le signe du
grand fiasco .
|
|
Nevine Kamel
|
|
| Retour
au sommaire |
| |
|
|