|
Encore
une année qui s’écoule et comme beaucoup de ses précédentes,
elle était aussi une charnière. Le monde ressemble désespérément
à lui-même ! Evénements identiques mais aussi différents.
Et si en cette année 2004, ces événements étaient d’une
grande portée historique, c’est surtout parce que la phase
de transition semble avoir pris son envol. Même si ses
fins s’annoncent incertaines, ce passage forcé vers l’avenir
divulgue un nouvel ordre des choses. Rupture avec les
mentalités provoquée par les faits. Pourquoi donc parler
de transition ? Il est clair que les régimes arabes aux
idées souvent archaïques font de la résistance. Mais en
même temps ils se trouvent entraînés vers un monde qui
change à une vitesse vertigineuse et qu’ils ont tenté
à tout prix d’intégrer dans leur sillage. On dirait un
de ces mystérieux trous noirs de l’espace.
Quoi qu’il
en soit, la situation a changé en dépit de toutes les
résistances. Pour ce monde arabe si enclin au fatalisme,
la mort avait apporté un début de transition en Palestine.
Yasser Arafat a disparu. Tous les alibis dont se servaient
les uns et les autres s’écroulent. Il faut passer à des
actes bien différents de ce qui a été jusqu’à présent.
Bush, Sharon et Abou-Mazen doivent traiter avec la donne
quel que soit leur goût. Dans ce sens, les Arabes et avec
eux les Américains qui se précipitaient vers l’Iraq de
l’après-Saddam se sont trouvés dans un pays inconnu. L’ignorance
était le mot-clé dans ce contexte. Peut-être justifiable
pour les Américains qui ne connaissent que le langage
de la force : « tuer le méchant ».
Mais les
Arabes, eux, avaient feint d’ignorer cette mosaïque ethnique
très complexe d’un Iraq avec ses chiites, sunnites et
Kurdes.
Même blocage
au Soudan, ce plus grand pays d’Afrique. Il se trouve
ballotté entre arabisme, islam et africanité, avec des
structures politiques surannées incapables de s’adapter
à ce contexte où l’ingérence internationale surtout est
devenue quasiment un droit. Tout compte fait, les régimes
arabes en Palestine, en Iraq, au Soudan et ailleurs vivent
toujours dans cette logique de la guerre froide. Ils sont
déchirés entre cette volonté de rester là où ils sont,
de s’autoprotéger, et cette pression qui les pousse à
rompre avec la traditionnelle mentalité et à admettre
la nouvelle donne, régie pour l’instant et peut-être pour
un bon moment par les Américains. Même l’Egypte fait un
pas en avant, deux en arrière. Le nouveau gouvernement
se veut ainsi jeune, réformiste, s’appuyant sur les technologies
de pointe pour moderniser la société, mais reste tacheté
de l’empreinte d’un régime autocratique qui a le dernier
mot. Une société modernisée avec des structures archaïques.
En tournant cette dernière page du calendrier, même cette
transition vers le compromis s’annonce incertaine.
|