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Kiosque. Le premier discours de politique générale du premier ministre Ahmad Nazif devant l’Assemblée du peuple n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions dans la presse de cette semaine.
Une déclaration incomplète

Les titres de la presse de cette semaine ont été particulièrement cinglants suite au discours de politique générale prononcé par le premier ministre Ahmad Nazif : « Les dix mensonges de la déclaration du gouvernement », « Beaucoup d’échecs et peu de réussites », « Déclaration du gouvernement Nazif : les promesses sont nombreuses mais l’application reste hypothétique », « La déclaration de Nazif met le gouvernement à nu » ...

L’hebdomadaire Akhbar Al-Yom et le quotidien d’opposition Al-Wafd ont consacré chacun un dossier de quatre pages sur la déclaration de Nazif. Akhbar Al-Yom a annoncé qu’« après 163 jours, le gouvernement d’Ahmad Nazif voit l’image de l’Egypte plus jolie en 2005 ». Alors qu’Al-Wafd, plus pessimiste, remarque dans son dossier que « le gouvernement Nazif fait de belles promesses et conclut des marchés au détriment des citoyens aux revenus limités ».

D’autres voix ont cependant été en faveur de l’action accomplie et à venir du premier ministre. « Personne ne peut ignorer les efforts fournis par le gouvernement Nazif depuis son arrivée. Le gouvernement revoit les lois et s’attelle à des questions qui traînent depuis plusieurs années, ce qui a profité à certains, mais a entravé l’action auprès des citoyens et des investisseurs », écrit un éditorialiste d’Al-Ahram.

Et Mohamad Negm d’ajouter dans l’hebdomadaire Octobar : « Réalisme, courage, transparence et franchise ont marqué la déclaration du gouvernement Nazif. Il est à remarquer que la déclaration s’est beaucoup concentrée sur la réforme économique sans la réforme politique (...). La déclaration a le mérite d’annoncer la poursuite de ce qui a été construit par les derniers gouvernements, durant les 24 dernières années ».

Ce qui n’empêche pas Saïd Al-Soweirki d’expliquer dans l’hebdomadaire Al-Arabi que « la déclaration du gouvernement a totalement ignoré les problèmes qui préoccupent les citoyens : la pauvreté, le chômage et la corruption ». Dans le magazine hebdomadaire Al-Ahram Al-Arabi, Ahmad Abdel-Karim voit une relation directe entre la déclaration du gouvernement et le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) : « La déclaration du gouvernement n’est autre qu’une copie conforme des recommandations du deuxième Congrès du PND ».

Hussein Abdel-Razeq estime dans Al-Wafd que « beaucoup de problèmes d’importance n’ont pas été abordés par le gouvernement ». Et d’ajouter : « Malheureusement, la déclaration du gouvernement n’a présenté aucune réponse aux interrogations des citoyens, ni de réponse concrète à leur souffrance qui se poursuit depuis 30 ans. Le gouvernement n’a pas et n’aura pas de vrais objectifs à mettre en œuvre pour l’intérêt de l’économie nationale et celui de la majorité des citoyens ».

Dans Al-Wafd, Abdel-Réhim Abou-Chama affirme que « les indices économiques contrarient la réalité ». Il ajoute que « sur la question de la réforme politique, le gouvernement Nazif a totalement ignoré que pour aboutir à cette réforme, il faut modifier la Constitution et annuler l’état d’urgence. Il s’est contenté du programme du PND pour l’évolution du climat politique et législatif en élargissant la participation populaire dans la vie politique ».

Le gouvernement Nazif ne doit pas se contenter de faire des promesses. Il se doit aussi de dire toutes les vérités aux citoyens, lesquels doivent constituer le noyau de toute action gouvernementale.

Hoda Ghali
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Réformes en sursis

Conflit israélo-arabe, crise en Iraq, réformes politiques ... Le monde arabe aborde l’année 2005 avec plusieurs dossiers « chauds ». Si la réalisation d’avancées dans les deux premières questions semble en grande partie tributaire d’initiatives étrangères — provenant d’Israël et des Etats-Unis —, celle de la démocratisation incombe en premier lieu aux acteurs internes, notamment les gouvernements.

Promouvoir la démocratie dans une région largement dominée par des pouvoirs discrétionnaires — monarchies, émirats et républiques autoritaires — est un défi de taille pour l’an 2005. Alors que nombre des pays arabes ont conquis leur indépendance depuis un grand demi-siècle, la démocratisation reste le plus souvent très limitée. Face aux évolutions de société, aux efforts de libéralisation économique et aux progrès des libertés publiques, inégales mais parfois importantes, peu d’avancées ont été enregistrées sur le plan institutionnel.

Les régimes monarchiques de la zone, depuis l’ultra-conservatrice Arabie saoudite jusqu’au Maroc moderniste, ont engagé peu ou prou des réformes démocratiques qui ne remettent nullement en cause le pouvoir quasi absolu des souverains. D’autres nations, devenues des républiques à la faveur de l’indépendance ou de coups d’Etat militaires, voient leurs dirigeants s’accrocher au pouvoir et vouloir reconstituer des dynasties familiales, suivant l’exemple de la Syrie où Bachar Al-Assad a succédé à son père sans coup férir. Des situations plus contrastées prévalent ailleurs, au Liban notamment, considéré comme l’un des pays les plus démocratiques du monde arabe, en Algérie et au Yémen réunifié qui s’estiment bien engagés sur la voie de la démocratie.

Le spectre de l’islamisme radical est souvent instrumentalisé par les régimes en place pour justifier la lenteur des évolutions vers la démocratisation politique, au motif que des élections libres et transparentes peuvent porter les islamistes au pouvoir. L’exemple de l’Algérie, où la victoire électorale des islamistes en 1991 a enclenché un processus de violence et ouvert une décennie de tueries, est souvent invoqué. Le souci sécuritaire pèse d’autant plus dans la libéralisation politique que les pays de la région se trouvent pour la plupart confrontés à de graves difficultés économiques qui favorisent le développement des thèses extrémistes.

La persistance des conflits dans le monde arabe, notamment en Palestine, est aussi souvent invoquée pour justifier le déficit démocratique dans la région. Leur règlement serait certes un élément important de progrès, mais il ne doit pas représenter un obstacle aux réformes. Au contraire, les réformes peuvent apporter une contribution significative à leur solution.

 

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