« L’air égaré
des enfants survivants nous interpelle tous et nous demande
comment nous pouvons accepter de vivre dans un monde où des
enfants peuvent être pris en otages, brutalisés et assassinés
lors de conflits entre adultes ». Fidèle à elle-même, la Mozambicaine
Graça Machel, qui se mobilise depuis dix ans déjà, a gardé intacte
sa capacité d’indignation face à un usage qualifié de « pratique
nuisible et méprisable » par le secrétaire général de l’Onu,
Kofi Annan, ou de « forme horrible de violence » par le pape
Jean-Paul II.
Dans sa préface
au Rapport mondial 2004, que vient de publier la Coalition pour
mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Graça Machel écrit
encore : « Les gouvernements et les groupes armés doivent être
tenus responsables pour leurs actions et cependant ont besoin
d’être aidés dans leurs efforts en vue de mettre fin à l’utilisation
des enfants en tant que soldats et à les rendre à leurs familles
et communautés ».
L’un des grands
problèmes en la matière – on estime aujourd’hui à 300 000 le
nombre d’enfants soldats dans le monde, dont 120 000 en Afrique
– est la difficulté à faire reprendre un cours normal à la vie
d’un enfant dès lors qu’il a été enrôlé. Il s’agit, explique
Amnesty International, « de jeunes pour lesquels les idées de
justice, du bien et du mal sont différentes ». Témoin et/ou
acteur de violences inouïes, l’enfant soldat n’est pas toujours
ravi à l’idée de réintégrer la vie civile. S’il s’est engagé
« pour pourvoir aux besoins de sa famille, ou parce qu’orphelin,
il recherchait la sécurité au sein d’un groupe », ces causes
n’ont pas disparu avec la fin du conflit. S’il a été enrôlé
de force, il a le plus souvent été obligé de commettre des exactions
dans son village, sinon sur sa propre famille, et son retour
lui apparaît alors impossible, généralement à juste titre. «
La priorité réside, écrit encore Amnesty, dans le renversement
des mentalités à la fois chez les enfants mais aussi au sein
des communautés ».
Comment convaincre
un enfant de revenir à la vie civile ? Comment lui montrer que
d’autres voies que la vie avec son fusil pour tout appui sont
possibles ? D’après les expériences menées, rapporte Beth Verhey,
qui a travaillé sur le sujet pour la Banque mondiale, 3 facteurs
comptent : la réunification des familles, le soutien psychosocial
et la fourniture d’opportunités d’éducation et de revenus.
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Les anciens enfants
soldats déclarent que la famille a joué le premier rôle dans
leur retour à la vie civile, bien que cette réunification ne
se passe pas sans difficultés. Elle nécessite d’ailleurs souvent
le recours aux cérémonies de purification, insiste Rosalie Azar,
d’Amnesty, un enfant ayant commis des exactions pouvant être
considéré comme « spirituellement contaminé » et donc susceptible
de transmettre ce mal à sa famille, sinon à toute la communauté.
Au Mozambique et en Angola, des cérémonies de guérison ont «
permis de reconnaître et d’apaiser les sentiments de culpabilité
ressentis par l’enfant ». Cette cérémonie de rupture nette avec
le passé ne sera cependant efficace, dans les cas d’atrocités
commises dans le village d’origine de l’enfant, qu’à condition
d’être conjuguée avec une certaine justice, quelle qu’en soit
la forme, traditionnelle ou communautaire.
Le soutien psychosocial
peut être communautaire ou individuel. L’approche collective
apparaît mieux adaptée dans les sociétés organisées autour des
communautés, mais même dans ce cas, une prise en charge « à
l’occidentale » du traumatisme vécu peut se révéler nécessaire
pour un petit pourcentage des enfants concernés. Désocialisé,
l’enfant soldat n’a intégré au cours de son développement affectif
que les valeurs militaires et la violence comme moyen de réaliser
un objectif. Son identité de soldat a écrasé celle du civil,
du citoyen.
Enfin, le retour
à la vie civile ne peut réussir qu’avec des perspectives scolaires
ou professionnelles, susceptibles de générer à terme un métier
et donc des revenus. Certains programmes de réintégration ont
prévu le retour à l’école des enfants démobilisés. En définitive,
on considère que 10 à 30 % seulement des enfants soldats sont
effectivement.
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