Al-Ahram
Hebdo : De nombreux conflits déchirent actuellement l’Afrique,
notamment en République Démocratique du Congo (RDC) et en Côte-d’Ivoire.
Quels sont les moyens d’y mettre fin selon vous ?
Tidjian
Gadio : La crise qui s’est
récemment déclenchée entre la RDC et le Rwanda doit être résolue
dans les plus brefs délais. Le problème est que le Rwanda menace
d’intervenir militairement chez son voisin congolais pour traquer
les membres de l’ancienne armée rwandaise responsable des exactions
à l’est du Congo. La Monuc (la force onusienne) étant dans l’incapacité
de résoudre le problème. A l’heure actuelle, l’Union Africaine
(UA) tente de trouver un compromis entre le Rwanda et la RDC,
mais l’affaire est compliquée. Les deux pays doivent s’entendre
sur une solution qui soit acceptable pour les deux parties et
qui respecte la souveraineté aussi bien du Rwanda que de la
RDC.
La crise en Côte-d’Ivoire
est tout aussi complexe. La classe politique, le gouvernement
et les partis doivent prendre des décisions le plus rapidement
possible pour parvenir à une réconciliation. Ils doivent tenir
compte des accords de Marcoussis signés en juillet 2003. Il
est vital de parvenir à une solution pacifique, la Côte-d’Ivoire
représente 40 % de l’économie de la sous-région ouest-africaine.
— Qu’en est-il
de la crise du Darfour ? Quel rôle pourrait jouer l’UA pour
ramener la paix dans cette région ?
— La crise du Darfour
est une crise africaine qui doit être réglée par les Africains.
Il est urgent que l’UA prenne des mesures concrètes et rapides
pour mettre un terme à la crise humanitaire et secourir les
populations civiles de cette région. Nous ne pouvons pas rester
les bras croisés. Il est nécessaire de convaincre les rebelles
du Darfour d’accepter de négocier et de trouver une solution
politique à la crise. Il faut également persuader le gouvernement
de Khartoum de contrer les milices responsables des massacres.
L’UA doit absolument envoyer des forces africaines au Darfour
le plus vite possible. Les Africains sont capables de régler
cette crise. Cela dit, nous ne devons pas nous contenter de
déclarations. Il faut agir.
— L’Afrique
aspire à être représentée de façon permanente au Conseil de
sécurité de l’Onu. Toutefois, aucun accord n’a été mis en place
entre les pays du continent sur le ou les candidats potentiels.
Qu’en pensez-vous ?
— Nous devons être
très vigilants pour éviter que l’Afrique ne se divise sur un
sujet qui n’a même pas encore été débattu. Alors que plusieurs
formules sont proposées pour l’élargissement du Conseil de sécurité,
et que rien n’est encore décidé, les Africains sont déjà en
train de se battre. En principe, il devrait y avoir deux places
africaines au sein du conseil, alors qu’il y a trois candidats
: l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Nigeria. La bataille a déjà
commencé et ce n’est pas bon pour le continent. Il ne faut donc
pas perdre de vue l’objectif premier de cette réforme, qui est
de démocratiser le fonctionnement des Nations-Unies. L’essentiel
est que l’Afrique ait son mot à dire. Pour cela, les Africains
doivent donc d’abord s’entendre sur les candidats potentiels
et oublier un moment leurs intérêts personnels et s’unir.
— Lors de sa
récente visite au Caire, le président sénégalais Abdulaye Wade
a proposé la tenue d’un sommet arabo-africain sur le Nepad et
les investissements. En quoi consiste cette initiative ?
— Il s’agit d’une
initiative qui vise à créer un nouveau partenariat économique
entre Arabes et Africains. Pour le président Wade, l’Afrique
du Nord est un trait d’union entre les pays du Golfe et le continent
africain. Il n’y a pas de raison pour que les pays industrialisés
investissent dans le Nepad, alors que les Arabes sont absents.
Un tel sommet permettrait de discuter d’un nouveau partenariat
pour le développement de l’Afrique et d’attirer les investissements
arabes vers l’Afrique. Le président Wade souhaite que lui et
le président Hosni Moubarak dirigent conjointement ce projet
approuvé par la Ligue arabe. Nous avons proposé que le sommet
se tienne à Dakar, mais nous ne voyons pas d’inconvénients à
ce que Le Caire soit l’hôte de cette rencontre. |