Rien ne va
plus entre Tripoli et Riyad. La tension est montée d’un cran
entre les deux capitales après que l’Arabie saoudite eut rappelé
son ambassadeur à Tripoli et affirmé son intention d’expulser
le chef de la mission diplomatique libyenne. Cette décision
annoncée par le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud
Al-Fayçal, est selon lui en relation avec « le complot libyen
concernant le royaume », en référence à des accusations parues
dans des journaux américain et saoudien, selon lesquelles le
régime du colonel Mouammar Kadhafi aurait été impliqué en 2003
dans un projet d’assassinat contre le prince héritier saoudien,
Abdallah bin Abdel-Aziz. Des accusations réfutées par Tripoli,
le ministère des Affaires étrangères libyen se contentant d’exprimer
sa « grande surprise » après l’annonce du rappel de l’ambassadeur
saoudien à Tripoli. Dans un communiqué, le ministère libyen
des Affaires étrangères a déclaré que « rien ne s’est passé
entre les deux pays qui puisse justifier cela ... si le retrait
est lié aux accusations sur une tentative d’assassinat du prince
héritier saoudien, cela a été démenti et il a été prouvé qu’elles
sont infondées ».
Suite à ce regain
de tension, la Ligue arabe et l’Egypte, qui entretiennent de
bonnes relations avec Riyad et Tripoli, ont tenté une médiation
pour tenter de désamorcer la crise. Ainsi, le chef des services
de renseignements égyptiens, le général Omar Soleimane, a effectué
dimanche une « mission d’urgence » en Arabie saoudite pour remettre
un message du président Hosni Moubarak au prince héritier saoudien,
Abdallah bin Abdel-Aziz. Aucun détail n’a été donné sur la teneur
de ce message.
De son côté, le
secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a multiplié
les contacts avec les chefs de la diplomatie saoudienne et libyenne
et avec d’autres ministres arabes pour « contenir » la crise,
affirmant que Tripoli a demandé à l’organisation panarabe de
« régler cette affaire ». M. Moussa a en outre déclaré qu’il
« n’hésiterait pas à se rendre en Arabie saoudite et en Libye
si cela s’avère être nécessaire ». Toutefois, pour l’heure,
il semble que les efforts arabes ne changent rien à la donne.
D’un côté comme de l’autre, les invectives fusent.
Ainsi, la presse
saoudienne, qui reflète la position officielle, s’en est prise
violemment au régime libyen qualifié de « stupide » ainsi qu’à
à son dirigeant qu’elle traite de « fou ». En réponse, la presse
libyenne a accusé vendredi la famille régnante en Arabie saoudite
« d’avoir exagéré », qualifiant l’Arabie de « royaume de la
comédie noire » ou encore de « royaume malade ».
Mais cette crise
remonte en fait à plusieurs mois. En juin dernier, le quotidien
à capitaux saoudiens Al-Charq Al-Awssat avait affirmé que quatre
Saoudiens, membres présumés d’Al-Qaëda, avaient été recrutés
par la Libye pour assassiner le prince héritier saoudien Abdallah
bin Abdel-Aziz. Le quotidien américain New York Times avait
auparavant affirmé que Kadhafi avait menacé en 2003 de faire
assassiner le prince héritier saoudien. Il avait indiqué que
l’Arabie saoudite retenait en prison le colonel Mohamad Ismaïl,
présenté comme un officier du renseignement libyen, qui aurait
reconnu avoir été le commandant opérationnel du complot. Tripoli
avait réfuté ces accusations, affirmant qu’elles étaient l’œuvre
« d’éléments hostiles à la Libye qui veulent empoisonner les
relations avec Riyad ».
Les relations saoudo-libyennes
avaient connu une autre crise en mars 2003, après une altercation
entre Kadhafi et le prince Abdallah lors d’un sommet arabe en
Egypte. La situation semble donc ne faire que s’empirer et un
heureux dénouement serait utopique .
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