Le
chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP)
et principal candidat aux
élections présidentielles, Mahmoud Abbas (alias Abou-Mazen),
a donné le coup d’envoi de sa campagne électorale en tenant,
samedi et dimanche derniers, deux discours reflétant ses positions
vis-à-vis d’Israël. « L’indépendance ne pourra être obtenue
que par des moyens pacifiques et non par les armes », a affirmé
dimanche à Ramallah M. Abbas tout en ajoutant « qu’il est
clair qu’une solution militaire (au conflit israélo-palestinien)
est impossible ».
Considéré sur
la scène internationale comme un modéré, M. Abbas a appelé
plusieurs fois dans le passé à la fin de la lutte armée déclenchée
fin septembre 2000, et à une reprise des négociations pour
le conflit israélo-palestinien. M. Abbas, 69 ans, qui a succédé
à Arafat à la tête de l’OLP, devrait, sauf surprise majeure,
hériter aussi de la présidence de l’Autorité palestinienne
faute d’un rival de poids après le retrait de M. Barghouthi
et la décision du mouvement islamiste Hamas de boycotter l’élection.
Le ton apaisant
de son intervention dimanche dernier tranche avec le discours
ferme et sans concessions qu’il avait prononcé la veille,
toujours à Ramallah, à l’occasion de l’ouverture de sa campagne.
Il avait alors fustigé l’occupation israélienne, prévenu que
le retrait prévu de Gaza devrait être suivi par d’autres,
maintenu l’exigence du droit au retour des réfugiés palestiniens
et posé comme condition à la paix la libération de tous les
détenus palestiniens, y compris celle de Marwan Barghouthi.
Ce ton ferme est primordial selon les analystes qui pensent
qu’Abou-Mazen parle non seulement en son nom, mais aussi au
nom du mouvement Fatah.
Cependant, Israël
s’oppose catégoriquement à un retrait sur les frontières d’avant
la guerre de juin 1967 ainsi qu’à un retour des réfugiés palestiniens
sur son territoire. Et ce, par crainte qu’un tel retour ne
transforme l’Etat juif en Etat binational.
Le ministre israélien
des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, a affirmé lundi que
le discours prononcé par M. Abbas n’annonçait « rien de bon
».
« Il est impossible
de le considérer uniquement comme un discours électoral. Ces
graves propos déplacés ne sont pas encourageants au moment
où un espoir commence à naître dans la région », a affirmé
M. Shalom à la radio publique. « Il n’est pas possible de
semer ainsi des illusions sur Jérusalem et sur les réfugiés
palestiniens », a ajouté M. Shalom.
De son côté,
le numéro deux du gouvernement israélien, Ehud Olmert, a exprimé
dimanche la crainte que M. Abbas ne devienne « prisonnier
de sa propre rhétorique ».
« Ce qu’il a
dit est lié de façon évidente à la campagne électorale et
fait partie du jeu politique. Le durcissement de ton à propos
de sujets qui sont particulièrement sensibles pour nous fait
partie d’une stratégie électorale visant à convaincre les
éléments les plus extrémistes », a ajouté M. Olmert.
Les propos des
responsables israéliens sont intervenus alors que le gouvernement
israélien a approuvé une série de mesures en vue de faciliter
le déroulement du scrutin du 9 janvier 2005. Parmi ces mesures
figure un retrait temporaire des troupes israéliennes des
grandes villes de Cisjordanie. L’armée israélienne se retirera
ainsi pendant 72 heures des villes de Cisjordanie avant, pendant
et après l’élection.
Israël doit également
assurer la libre circulation des sept candidats en lice et
de ceux qui participent à leur campagne, ainsi que des quelque
500 observateurs internationaux qui doivent superviser le
scrutin. Parmi eux figurent l’ancien président américain Jimmy
Carter et l’ex-premier ministre français Michel Rocard.
Il est également
prévu de mettre en place deux bureaux de liaison qui permettront
à des responsables militaires israéliens et palestiniens de
suivre le bon déroulement du scrutin. Les responsables israéliens
ont en outre accepté que deux policiers palestiniens soient
déployés dans chaque bureau de vote pour assurer l’ordre.
Le cas de Jérusalem-Est, annexé par Israël, demeure particulier.
En effet, les Palestiniens ne pourront y mener une campagne
électorale que dans des « lieux privés et non publics » et
voteront dans cinq bureaux de poste, a ainsi indiqué la présidence
du conseil.