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Danse . La chorégraphe française Karine Saporta a passé une semaine en Egypte, afin de lancer un spectacle qui sera donné en collaboration avec l’Opéra du Caire. Retour sur les idées de cette artiste touche-à-tout.

Au rythme de Saporta

Sa danse pourrait être une sorte d’autoportrait. Sous sa longue chevelure désordonnée, il y a un regard qui interroge le monde, partant inlassablement à la découverte d’autres cultures, allant toujours au-delà de ce que l’on sait. D’où son séjour actuel en Egypte. Karine Saporta, l’une des figures qui marquent le paysage chorégraphique français depuis notamment les années 1980, est venue à la recherche d’autres sources d’inspiration, avec comme objectif de jeter les bases d’un spectacle qui sera joué par la troupe de danse-théâtre de l’Opéra du Caire, dirigée par Walid Aouni. Ce, bien que la chorégraphe ne soit pas très tributaire de cette notion de danse-théâtre, lui préférant celle de danse contemporaine. « La notion de danse-théâtre décrit plutôt à mon avis le style Pina Baush ». Et d’ajouter : « Dans un premier temps, j’avais un style caractérisé par la vitesse et la décomposition des gestes. Ensuite, dans les années 1990, l’évolution de mon travail passe par un retour à la fluidité. Car j’en avais assez de travailler sur la décomposition. L’aventure de rechercher le flou et le net dans la gestuelle a trouvé son aboutissement dans Charmes, le spectacle qui a été présenté au Caire lors de la dernière édition du Festival de danse contemporaine en juin dernier ».

La chorégraphe a ainsi fait le point sur son itinéraire artistique et l’évolution de la danse en France de manière plus générale, lors d’une rencontre organisée au Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC) de Mounira. Ce voyage en Egypte n’est pour elle qu’un prélude. L’année prochaine, elle reviendra sans doute pour rester environ trois mois. Entre-temps, elle ne peut s’empêcher d’amorcer son investigation. Tous les détails concernant le pays l’intéressent : la raison pour laquelle autant de femmes portent le voile dans la rue, l’état des lieux de la musique classique orientale, la différence entre les dialectes arabes, etc. « Y a-t-il une autre diva comme la Libanaise Fayrouz ? C’est très beau ce qu’elle fait. L’expérience musicale des frères Rahbani est vraiment particulière ». Assise à même le sol, à l’Opéra, elle tend sa main de temps en temps pour toucher la pelouse. C’est comme si elle cherchait à tout prix un rapport au sol, comme si la terre lui procurait son énergie. Ce mouvement à répétitions qu’elle exerçait n’est pas sans évoquer le vertige du soufi, devenu l’une des caractéristiques d’une œuvre « Saportissima ». La chorégraphe se plaît également à retrouver cette répétition dans la musique qu’elle aime pour ses danses, une musique au balancement rythmique qui nous rend instantanément sensibles aux logiques du temps. On part d’un point et on revient à ce même point. Car tout est lié à une vision cosmique, voire métaphysique de l’être. « La danse, c’est l’art le plus métaphysique ; elle se retrouve au carrefour de plusieurs expressions artistiques. Ma drogue, quand je chorégraphie, c’est le rapport au rythme. J’essaye de trouver mes propres systèmes rythmiques ». Saporta a également mis à jour des méthodes de travail très personnelles (improvisation, travail sur l’émotion du danseur, réflexion sur la danse contemporaine dont elle a acquis les techniques aux Etats-Unis …).

Ses origines l’ont en effet poussée à la recherche de cultures réconciliatrices. De grands-parents russes et d’un père né en Espagne, elle a d’abord consacré deux spectacles à ces pays de prédilection. Son premier départ pour la Russie lui a d’ailleurs provoqué un choc émotionnel. « J’ai commencé par avoir un malaise par rapport à mon champ de connaissance, un malaise identitaire. Dans la culture russe (au sens soviétique du terme), il y avait une attitude vis-à-vis de l’harmonie universelle. On a un rapport à la poésie qu’on a perdu en Europe. La culture française par exemple est celle de la séparation. J’ai compris que ce que l’on nous enseignait dans les écoles, tout ce que j’ai appris était lié à une partie extrêmement étroite de la culture ». A travers ses voyages, Saporta essaye alors de tracer des routes imaginaires reliant un point du globe à l’autre. Au lendemain de nombreux voyages en Inde, à titre d’exemple, elle s’éprend particulièrement de la danse Kathak et collabore avec la danseuse indienne Mallika Sarabhaï afin de créer « la force de l’âme », une réflexion sur la non-violence au pays de Gandhi. « L’âme ! Peu de chorégraphes contemporains travailleraient sur un thème pareil. Mais je crois que de plus en plus, il y aura ouverture sur les autres civilisations ». Dans un autre spectacle, elle trouve des liens communs entre la danse du sud de l’Espagne et l’Inde, entre le cri d’un gitan et la méditation d’un soufi. Et en Egypte, que nous fera-t-elle découvrir, elle qui rejette souvent un certain dérèglement de la mémoire ? Peut-être une fois de plus, comme dans Charmes, la chorégraphe pluridisciplinaire s’attaquera-t-elle à la taille monumentale des mythes pour nous les présenter dans leur mesure humaine aujourd’hui. « Œdipe, c’est chacun d’entre nous, c’est ce qui est intéressant dans un mythe ! Sinon, je ne comprends pas, sur le plan sensible, ce que c’est qu’un mythe », dit Saporta, dont la vision chorégraphique va souvent au-delà du formalisme.

Dalia Chams

 

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