Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Affaires

Une
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Af faires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Monopole . Au bout de dix ans de discussions, une nouvelle mouture du projet de loi a été approuvée par le Conseil consultatif et doit être prochainement discutée par l’Assemblée du peuple. Retour sur un dossier à polémique.

Un contrôle à petites doses

« La promulgation de la loi sur le monopole est devenue indispensable. Le retard pris est anormal. Il est vrai que le projet actuel de loi n’est pas parfait, mais qu’on promulgue d’abord la loi et qu’on la modifie ensuite », lance Ahmad Ghoneim, professeur d’économie en faculté de sciences politiques de l’Université du Caire.

Même son de cloche chez Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement. « Qu’on promulgue la loi maintenant et qu’on la modifie avec le temps, selon les nouvelles données du marché », a-t-il annoncé en commentant l’actuel projet de loi sur le monopole qui vient d’être approuvé par le Conseil consultatif. Le nouveau gouvernement s’est tout d’un coup enthousiasmé pour une promulgation rapide de la loi sur le monopole alors que cela fait 10 ans que les discussions sur le sujet traînent en longueur. Pourquoi ? Plusieurs accords bilatéraux signés par l’Egypte, comme l’accord du Comesa et l’accord d’association avec l’Union européenne, exigent la promulgation rapide d’une loi sur les monopoles, explique Hassan Guémeï, conseiller juridique du ministère de l’Approvisionnement : « En l’absence d’une loi nationale en cas de litige avec l’un de ces pays, ce sont leurs propres lois qui seront appliquées chez nous ».

Cependant, lors des discussions au Conseil consultatif, dont les deux tiers des membres sont désignés ou appartiennent au Parti National Démocrate (PND) au pouvoir, le gouvernement s’est attelé à édulcorer davantage le contenu du projet en faveur des lobbies des hommes d’affaires les plus puissants. Actuellement, le projet de loi est discuté par la commission économique de l’Assemblée du peuple présidée par un homme d’affaires. Il sera ensuite débattu par l’ensemble de l’Assemblée du peuple la semaine prochaine.

Ce marchandage au Conseil consultatif du gouvernement s’est soldé par un changement primordial du projet de loi relatif à la définition de l’investisseur en position dominante. Selon l’actuel projet de loi, l’investisseur qui possède 35 % du marché est en position dominante. Ses activités seront surveillées par l’Organisme de protection de la concurrence et de prohibition du monopole, dont la mise en place est prévue par le projet. Mais il n’est pas forcément détenteur du monopole. Or, le gouvernement est parvenu à annuler un article selon lequel un investisseur qui détient plus de 65 % du marché est monopoleur. En fait, cet article touchait particulièrement Ahmad Ezz, député et homme d’affaires accusé de monopoliser le marché du fer à béton en Egypte.

Le gouvernement a aussi exclu du projet de loi les secteurs dits d’utilité publique, comme la distribution de l’eau, l’électricité, les télécommunications, les transports publics et la distribution de gaz naturel. Dans le même temps, certains de ces secteurs jusque-là sous monopole d’Etat, ont commencé à être privatisés. « A titre d’exemple, 80 % de l’activité des transports publics est entre les mains du secteur privé. Le gouvernement est allé jusqu’à refuser que les quotas privatisés de ces secteurs soient soumis à la loi sur le monopole, sous prétexte de ne pas déloger les investisseurs », explique Leïla Al-Khawaga, professeure d’économie et membre du Conseil consultatif. Ce que le gouvernement a en revanche proposé, c’est la création d’une agence de régulation étatique pour chaque secteur d’activité, comme c’est déjà le cas pour le secteur des télécommunications. « Le gouvernement a totalement rejeté les suggestions faites pour que ces régulateurs opèrent sous la surveillance de l’Organisme de protection de la concurrence et de prohibition du monopole dont le projet de loi stipule la création », poursuit Leïla Al-Khawaga. Il faut savoir que l’insistance de certains membres du Conseil consultatif pour faire en sorte que les secteurs du service public soient concernés par la nouvelle loi sur les monopoles est motivée par l’observation de l’expérience de l’Organisme de régulation des télécommunications qui s’est révélé inefficace et parfois même coupable de complicité avec les opérateurs de téléphonie mobile.

C’est, par exemple, cet organisme qui avait permis la prolongation du monopole partagé entre les deux sociétés de téléphonie mobile MobiNil et Vodafone jusqu’à 2007, alors que ce monopole aurait dû prendre fin en 2002, date prévue de l’ouverture à la concurrence d’autres compagnies. L’ouverture du marché des télécommunications aurait dû avoir pour conséquence directe un service de meilleure qualité et à meilleur prix, mais le gouvernement a préféré obtenir 5 milliards de livres des deux opérateurs de téléphonie mobile.

Hassan Guémeï partage l’avis de Leïla Al-Khawaga, affirmant que « si le secteur des télécommunications, l’un des plus importants de l’économie nationale, n’est pas soumis à la nouvelle loi, cela affaiblira gravement et de manière inévitable l’impact de cette loi ».


Maintien d’une faible amende

Par ailleurs, le gouvernement a refusé lors des discussions au Conseil consultatif d’augmenter le montant des amendes imposées aux contrevenants. Il a décidé le maintien d’une faible amende allant d’un minimum de 30 000 L.E. à un maximum de 1 million de L.E. « Nous avions proposé un montant qui se situerait dans une fourchette allant de 50 000 L.E. à 10 millions de L.E., mais le gouvernement s’y est opposé. Il a cependant accepté de maintenir l’article portant sur la suspension des activités des contrevenants pour une période maximale de trois ans en cas de récidive », explique Leïla Al-Khawaga. « Mais ce n’était là qu’une manœuvre de la part du gouvernement. Car lors des discussions en cours au sein de la commission économique du Parlement, le gouvernement a changé de position et proposé d’augmenter le montant des amendes tout en annulant l’article portant sur la suspension de l’activité du contrevenant », conclut-elle. Un avantage de plus pour les investisseurs.

Ce projet de loi est d’autre part aussi critiqué par plusieurs économistes parce qu’il n’accorde pas l’indépendance nécessaire à l’Organisme de protection de la concurrence et de prohibition du monopole. En effet, le président de cet organisme est sous la tutelle du premier ministre. Les membres du conseil d’administration de l’organisme sont désignés par le gouvernement. Ce conseil comprendra outre des ministres, le président de l’Union des industries et celui de l’Union des chambres de commerce. Pire encore, l’approbation du ministre en charge est nécessaire à l’ouverture d’un procès contre tout contrevenant à la loi. « Ce n’est pas tout, la loi demeure totalement imprécise sur les délais d’ouverture des procès contre les contrevenants, de sorte qu’une compagnie en situation de monopole a tout le temps de manipuler le marché à sa guise avant que la justice ne se mette en branle », regrette encore Leïla Al-Khawaga, qui ajoute que le gouvernement s’est opposé à la proposition de fixer le délai maximal à trois mois.

C’est ainsi que la loi sur le monopole a accouché d’un énième organisme bureaucratique à pouvoir limité. « La loi ne donne même pas à l’Organisme de protection de la concurrence et de prohibition du monopole le droit de fragmenter les activités d’un détenteur de monopole », souligne Leïla Al-Khawaga.

En dépit de tout cela, les experts plaident pour une promulgation rapide d’une loi sur le monopole. « La loi ne sera pas appliquée immédiatement. On a besoin de six à sept ans avant qu’elle ne soit mise en vigueur. Pour savoir si quelqu’un est en situation dominante, il faudra du temps, car on a besoin d’une base de données énorme qui n’existe pas encore. On manque d’informations sur le marché et de cadres capables d’appliquer la loi », renchérit, de son côté, Ahmad Ghoneim. Peu surprenant, le gouvernement bénéficie d’une aide de l’Union européenne consacrée précisément à ce but, mais il ne l’a jusqu’à maintenant pas utilisée.

Marwa Hussein
Retour au Sommaire
3 QUESTIONS A
Moustapha Tolba, président de l’Organisme central égyptien de protection du consommateur.
Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que le projet de loi anti-monopole apportera une atmosphère plus propice à la concurrence ?

Moustapha Tolba : Sous sa forme actuelle, le projet de loi manque de précision. Par exemple, on ne comprend pas ce que signifie le mot « marché ». S’agit-il seulement du marché local ? D’autres concepts, comme celui de concurrence, de situation de monopole ne sont pas explicitement définis par la loi, ce qui laisse la porte ouverte à beaucoup d’ambiguïtés. De plus, les sanctions imposées aux membres de l’Organisme de protection de la concurrence et de prohibition du monopole, en cas de divulgation d’informations, ne sont pas sévères et ne combattent pas vraiment la corruption. Dans le cas où ces points, parmi tant d’autres, seraient pris en considération, la loi apportera sans doute un plus à la concurrence.

— Qu’en est-il du consommateur dans ce projet de loi ?

— Le projet de loi anti-monopole ne donne aucune marge de manœuvre aux consommateurs ou aux associations de protection du consommateur. Il ne nous donne pas le droit d’intenter des procès en justice contre les détenteurs de monopole. Les consommateurs, s’ils sont lésés, n’auront pas droit à des compensations. De plus, pour poursuivre en justice une quelconque société, il faut avoir l’approbation du ministre en charge du secteur dont dépend cette société, alors que dans de nombreux pays, les associations de consommateurs ont le droit d’intenter des procès aux compagnies dont elles estiment avoir été les victimes. C’est d’ailleurs là le rôle de toute association de ce type. La loi égyptienne sur l’environnement a donné aux ONG ce droit, mais il semble que l’expérience a déplu au gouvernement et il ne veut pas la répéter.

— Le gouvernement suggère la promulgation d’une loi à part sur la protection du consommateur. Pensez-vous bénéficier d’une meilleure marge de manœuvre dans ce cadre-là ?

— Cette loi, elle aussi, tarde énormément. Un projet de loi sur la protection du consommateur existait depuis l’exercice d’Ahmad Goweili, ex-ministre du Commerce et de l’Approvisionnement, et nous en sommes encore à attendre, même s’il faut souligner que le projet de loi sur la protection du consommateur ne donne pas plus droit aux associations de poursuivre en justice les sociétés incriminées.

Propos recueillis par
M. H.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631