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Proche-Orient
. Le nouveau projet de
paix officieux signé en Suisse constitue une lueur d'espoir
pour la paix, mais impose aux Palestiniens la plus grande
des concessions. Oui à un mini-Etat palestinien, un grand
non aux réfugiés. |
Genève ...
qui dit mieux ? |
Un
accord de plus, mais des droits en moins, c'est ainsi
que l'on peut lire le pacte de Genève, concocté par des
personnalités palestiniennes et israéliennes, les ex-ministres
israélien et palestinien, Yossi Beilin et Yasser Abd-Rabbo,
et d'autres, qui agissaient de leur propre chef, sans
aucun mandat de leurs dirigeants. Sa nouveauté — même
s'il reste non officiel et n'engage en rien les deux protagonistes — n'a
pas manqué de bouleverser la scène politique dans les
deux camps. La ligne la plus dure a été adoptée par le
camp israélien, la droite aussi bien que la gauche. Le
chef du gouvernement israélien, Ariel Sharon, a ainsi
parlé de « complot destiné à déstabiliser son
gouvernement » et décrit le texte comme « pire
que les accords d'Oslo ». « De quel droit,
s'est-il demandé, ces gens de gauche se permettent-ils
de proposer des compromis qu'Israël n'a pas l'intention
d'accepter et n'acceptera jamais ? ». Plus
violents, certains de ses ministres ont utilisé le terme
de « trahison » et réclamé l'usage du
code pénal à l'encontre du cosignataire, Yossi Beilin.
Même l'ancien premier ministre, Ehud Barak, a tenu à participer
au concert, dénonçant un document « illusoire »
qui « met en danger l'Etat d'Israël ».
Le chef de l'opposition travailliste en Israël, Shimon
Pérès, qui se réclame du camp de la paix, a quant à lui
affirmé qu'il valait mieux faire avancer la Feuille de
route que de lancer un nouveau plan de paix.
Du côté palestinien,
les réactions — au moins officielles — étaient
plutôt en faveur de ce nouveau document de paix. Le président
palestinien, Yasser Arafat, sans considérer l'accord comme
« officiel », déclarait « soutenir
tout effort, notamment de la part de ces groupes israéliens
qui sont pour la paix des braves que nous avons entamée
avec mon ancien partenaire Rabin ».
Un accord
qui n'a aucune légalité, mais avec l'ambition de sortir
de l'impasse actuelle et d'ouvrir la voie à une solution
définitive du conflit, l'approche est tout à fait nouvelle.
Il commence par la fin, c'est-à-dire par les points jusqu'alors
reportés aux cours des négociations dites sur le statut
final. On s'attaque, cartes et texte à l'appui, dans les
moindres détails, aux questions les plus épineuses, des
statuts et partitions au statut de Jérusalem et jusqu'au
droit au retour des réfugiés. Inspiré des propositions
de Bill Clinton en 2000 à Camp David et des discussions
de Taba en 2001, l'accord se base sur ce qui a été rejeté
par Arafat et Barak. Il va même plus loin que la Feuille
de route, ce plan resté lettre morte, bien qu'il soit
l'œuvre du Quartette international (Etats-Unis, Russie,
Union européenne et Onu). Israël est « l'Etat
du peuple juif ». Il n'y a plus de « droit
au retour » palestinien spécifique, mais un droit
global, et chaque Etat — y compris Israël — décidera
lui-même du nombre de réfugiés qu'il peut accepter. En
contrepartie, Jérusalem-Est devient la capitale du nouvel
Etat palestinien, dont la frontière suit la ligne verte
de 1967, avec des modifications compensées par des échanges
de territoires sur la base un pour un. L'Esplanade des
mosquées reviendra aux Palestiniens et le Mur des lamentations
aux Israéliens. Tels sont les principaux points de cet
accord qui impose cependant des limites à la souveraineté
du nouvel Etat palestinien (lire encadré). |
Un progrès spectaculaire
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Globalement,
disons que Jérusalem est partagée, que les Palestiniens
renoncent à l'Intifada et à la Grande Palestine, tandis
que les Israéliens renoncent au Grand Israël et à l'occupation.
Selon Emad Gad, rédacteur en chef d'Israeli Digest,
publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d'Al-Ahram, il y a dans cette initiative
des points positifs et d'autres négatifs. « Le
texte parle d'un Etat palestinien sur 100 % de la
Cisjordanie immédiatement restituée, et d'un Jérusalem
partagée ». Auparavant, les Travaillistes proposaient
aux Palestiniens un plus de 60 % et le Likoud avec
Sharon parlait de seulement 42 %. L'accord constitue
« un progrès spectaculaire » selon Gad.
En effet, Israël restituerait 100 % de la bande de
Gaza, et 97,5 % de la Cisjordanie : il annexerait
les 2,5 % restant pour regrouper les blocs de colonies
à Gush Etzion. En revanche, les colonies d'Ariel, Efrat
et Har Homa feraient partie de l'Etat palestinien. En
échange des secteurs de la Cisjordanie qui resteront sous
son contrôle, Israël transférerait à l'Etat palestinien
des zones du Néguev adjacentes à la bande de Gaza. Autre
aspect positif : Jérusalem. Le principe est à la
fois simple et compliqué : Est israélien tout ce
qui est juif, Est palestinien tout ce qui est arabe, musulman
ou chrétien. « C'était la proposition de Clinton
et sur laquelle les négociations de Camp David II ont
échoppé », dit Emad Gad. Mais ce même point positif
est fatal selon Mohamad Nezal, membre du bureau politique
du Hamas. « La partie palestinienne de
Jérusalem ne dépassera pas 15 % de toute la vieille
ville ». (lire entretien).
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Le droit au retour aux oubliettes
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Plus épineuse
est la question du droit au retour. Cet accord sur le
statut permanent ne la nomme plus ainsi, puisqu'il n'est
plus question du retour de près de 4 millions de réfugiés
palestiniens de la guerre de 1948. « Le droit
de ces Palestiniens qui attentaient un retour dans leur
pays natal ou une indemnisation a été rayé d'un trait
de stylo », affirme Gad. Il explique que les
gouvernements israéliens les plus radicaux évoquaient
le retour de quelque 100 000 Palestiniens sur une
période d'environ dix ans, ce que les Palestiniens trouvaient
injuste. Ils se basaient sur la résolution 194, une des
plus fortes de l'Onu, qui stipule le retour des réfugiés
et/ou leur dédommagement. La question est réglée avec
Genève, puisque cet accord engage les deux parties à renoncer
à toute nouvelle revendication. Il remplacerait mêmes
toutes les précédentes résolutions de l'Organisation des
Nations-Unies.
Aussi virtuel
soit-il, cet accord démontre que la paix est peut-être
possible, c'est son véritable apport. De plus, il intervient
à un moment où Palestiniens et Israéliens s'affrontent
farouchement, avec bientôt quelque 3 000 morts chez
les premiers, et 1 000 chez les seconds.
En fait,
la question qui se pose est de savoir pourquoi Israël
rejette Genève, pourquoi Sharon a paniqué alors que cet
accord représente la plus importante concession palestinienne.
Nezal estime que la politique des Israéliens consiste
à tout refuser systématiquement pour acculer les Palestiniens
à davantage de concessions. Gad évoque un autre point,
celui du mur de séparation. Sharon veut attendre l'achèvement
de sa construction pour annexer de facto 16 %
de la Cisjordanie, puis négocier sur la partie restante.
Les observateurs estiment par ailleurs que le document
de Genève, aussi hypothétique soit-il, met le gouvernement
du Likoud dans l'embarras. Où est la sécurité en 100 jours
promise aux Israéliens ? Où sont les fameux « non » ?
Sharon et
les siens craignent-ils la paix? Apparemment oui. Rien
là qui soit de nature à étonner le journaliste américain
William Pfaff. « Israël, explique-t-il, doit
choisir entre trois possibilités. La première est d'accepter
le principe sur lequel ce plan de Genève est fondé :
se retirer des territoires occupés en 1967, de façon à
vivre comme une démocratie aux côtés d'un Etat palestinien
indépendant. La seconde est de maintenir le contrôle militaire
des territoires, tandis que la population palestinienne
actuelle, dans les huit ans, dépassera la population juive.
Dans ce cas, un Israël démocratique cessera d'être un
Etat juif, ou bien l'Etat juif cessera d'être démocratique,
dominant une majorité arabe de plus en plus large privée
de droits civiques. La troisième solution, selon Tony
Judt, de l'Université de New York, c'est pour Israël de
devenir la première démocratie moderne à conduire un nettoyage
ethnique à large échelle comme projet d'Etat et, ce faisant,
de devenir un painternational permanent ».
Mais si ce
plan de Genève constitue un tournant potentiel, suffira-t-il,
à lui seul, à rompre le cercle vicieux de haine, à faire
oublier les corps carbonisés ou déchiquetés ou à effacer
les images des femmes en larmes devant les ruines de leurs
maisons ?
Certains
observateurs s'accordent à dire que cette initiative restera
lettre morte aussi bien que la Feuille de route, que Waye
Plantation, que Charm Al-Cheikh et autres. Pour qu'il
sorte de l'état embryonnaire, il faudra que la communauté
internationale crée les conditions de son application.
C'est peut-être juste l'impasse dans laquelle se trouve
la Feuille de route, implicitement morte, qui explique
l'intérêt porté à ce projet officieux. Un plan de paix
réaliste, certes très douloureux, mais qui a mieux à proposer ? |
Samar
Al-Gamal |
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Les
principaux points de l'Initiative de Genève dite « Accord
de statut permanent »
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Objet :
— Cet
accord se substitue à tous les accords antérieurs entre
les parties.
— Les
deux parties s'engagent à ne plus soulever de nouvelles
réclamations découlant d'événements antérieurs au présent
accord.
— Il
met un terme à l'ère de conflit et inaugure une nouvelle
ère fondée sur la paix, la coopération et les relations
de bon voisinage entre les parties.
Reconnaissance
réciproque :
— Israël
reconnaît un Etat palestinien, dénommé la Palestine, qui
reconnaîtra Israël.
Frontières :
— Le
tracé des frontières est basé sur les lignes du 4 juin
1967. Selon une carte incluse dans l'accord, les Palestiniens
obtiennent environ 97,5 % des territoires occupés
par Israël en 1967 (dont toute la bande de Gaza) et, en
contrepartie des 2,5 % restants (situés en Cisjordanie),
reçoivent des territoires d'une superficie égale en Israël.
— Une
Commission technique conjointe des frontières, formée
des deux parties, sera constituée en vue de mener à bien
la démarcation technique de la frontière.
Corridor :
Le corridor
reliant la Cisjordanie et la bande de Gaza sera placé
sous souveraineté israélienne, mais sous administration
palestinienne.
Colonies :
— Les
colons habitant les territoires sous souveraineté palestinienne
seront réinstallés en Israël. Bâtiments et infrastructures
seront remis intacts à l'Etat palestinien.
— Selon
la carte, la plupart des colonies seront évacuées, à l'exception
de celles composant le bloc du Goush Etzion, au sud de
Jérusalem, et de certaines implantations à la périphérie
de Jérusalem-Est ou limitrophes du territoire israélien.
Réfugiés
palestiniens :
— Les
réfugiés auront droit à une compensation pour leur statut
de réfugiés et pour la perte de propriété.
— Les
réfugiés pourront s'établir dans le nouvel Etat palestinien
ou dans des pays tiers.
— Certains
pourront revenir en Israël, mais l'Etat hébreu sera seul
souverain pour décider de leur nombre, en tout état de
cause faible.
— L'Unrwa
(Agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens)
devrait être progressivement éliminée dans tous les pays
où elle est active, en raison de la disparition du statut
de réfugiés.
Jérusalem :
— Israël
et l'Etat palestinien auront leurs capitales « dans
les secteurs de Jérusalem placés sous leurs souverainetés
respectives ».
— Les
Palestiniens auront la souveraineté sur la Vieille Ville,
située dans la partie arabe de la ville, à l'exception
du quartier juif et du Mur des lamentations.
— Le
tunnel du Mur occidental sera sous administration israélienne.
— Presque
tous les quartiers de colonisation juifs créés depuis
1967 dans la partie Est seront sous souveraineté israélienne.
— L’Esplanade
des mosquées sera sous souveraineté palestinienne avec
un libre accès pour tous, supervisé par une force internationale,
mais les juifs n'auront pas le droit de prier sur ce lieu.
— Les
fouilles archéologiques ne seront pas autorisées sur le
site sans accord des deux parties.
Sécurité :
— La
Palestine sera un Etat démilitarisé et les passages frontaliers
seront supervisés par la force multinationale.
— Israël
pourra maintenir une présence militaire dans la vallée
du Jourdain, sous l'autorité d'une force multinationale,
pendant les trois ans qui suivront le retrait des forces
israéliennes du reste de l'Etat palestinien.
— Israël
peut conserver deux stations d'alerte lointaine dans le
nord et le centre de la Cisjordanie.
— L'armée
de l'air israélienne sera autorisée à emprunter l'espace
aérien sous souveraineté palestinienne à des fins d'entraînement.
Prisonniers :
— Tous
les détenus palestiniens emprisonnés avant mai 1994 pour
des actes liés au conflit seront immédiatement libérés,
ainsi que tous les enfants, les femmes et les détenus
en mauvaise santé.
— Les
Palestiniens emprisonnés après mai 1994 seront libérés
dans les 18 mois suivant l'entrée en vigueur de l'accord,
sauf dans des « cas exceptionnels » non
précisés.
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