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Egypte-Brésil . En visite officielle en Egypte, lundi et mardi, le chef d’Etat brésilien était accompagné d’une cinquantaine de chefs d’entreprises venus explorer de nouveaux marchés.
Rapprochement économique

C’est une visite sans précédent. La visite au Caire du président Lula, lundi et mardi, est la première d’un chef d’Etat brésilien en Egypte depuis 133 ans. Mais les relations économiques existent déjà entre les deux pays, bien qu’elles restent timides. De janvier à octobre 2003, le volume des échanges commerciaux a ainsi atteint 418,5 millions de dollars, dont 29,8 millions de dollars d’exportations égyptiennes et 388,7 millions de dollars d’exportations brésiliennes. En 2002, le volume des échanges commerciaux entre l’Egypte et le Brésil avait atteint 500 millions de dollars. La balance penche toutefois nettement en faveur du Brésil, dont les exportations vers l’Egypte ont totalisé 385,9 millions de dollars en 2002, alors que les importations d’Egypte n’ont concerné que 24,9 millions de dollars, selon un rapport de l’association des hommes d’affaires égyptiens. En tête de liste des exportations brésiliennes figurent le sucre, le fer brut, le café, la viande, l’huile végétale, le tabac, le maïs, les automobiles, les produits chimiques ou encore les équipements électriques. Alors que les importations de l’Egypte se limitent au naphte, aux engrais, au coton, au carbone, aux tapis et aux épices. « Il faut que les hommes d’affaires égyptiens cherchent des produits à exporter vers le Brésil pour réaliser un équilibre de la balance commerciale entre les deux pays », souligne Ali Al-Saïdi, ministre égyptien de l’Industrie. Pour cette raison, un comité d’hommes d’affaires égypto-brésilien a été créé afin d’assurer la promotion des échanges commerciaux bilatéraux. Des propositions ont été examinées à cet égard pour la promotion des exportations de certaines marchandises spécifiques qui pourraient être compétitives sur le marché brésilien. « En tête de liste figurent les médicaments, d’autant que le Brésil en importe pour 8 milliards de dollars par an », a souligné Al-Sayed Al-Charqawi, sous-secrétaire d’Etat au ministère du Commerce extérieur.

Car si la tournée avait essentiellement une dimension politique, Lula a également souhaité rencontrer au Caire les hommes d’affaires. En fait, le Brésil cherche à diversifier ses partenaires économiques, d’autant plus que l’Egypte représente pour l’Etat brésilien un pays-clé au Moyen-Orient. La délégation brésilienne, flanquée d’une cinquantaine de patrons, souhaite augmenter le potentiel d’exportation du pays, et convaincre les investisseurs de choisir le Brésil pour investir. Du côté égyptien, une quarantaine d’hommes d’affaires ont pris part à cette tournée, notamment des entrepreneurs du secteur de la métallurgie, de l’agriculture, du tabac, des viandes, du sucre et du tourisme.

« Il y a beaucoup d’opportunités pour les hommes d’affaires égyptiens. L’Égypte pourrait être le centre distributeur du Brésil dans la région. Cette rencontre est une rencontre d’exploration et de reconnaissance pour comprendre nos marchés respectifs et les besoins de chacun », explique Achraf Al-Attal, homme d’affaires et président du comité chargé des négociations avec les entreprises brésiliennes. « Toutes les multinationales sont installées au Brésil car c’est un pays qui a un fort potentiel. Les sociétés mixtes pourraient être un domaine de coopération », ajoute-t-il.


Pas d’illusions

Pourtant, la plupart des hommes d’affaires égyptiens semblent plus sceptiques. « La balance commerciale est complètement déséquilibrée au détriment de l’Egypte. Le seul domaine qui peut permettre d’équilibrer la balance commerciale est le tourisme. Les Brésiliens sont obsédés par les monuments pharaoniques. C’est notre seule opportunité. Mais augmenter les exportations vers le Brésil est une illusion, on importe même du Brésil des produits bruts. En fait, je pense que cette délégation d’hommes vient seulement pour vendre ses produits, et nous, hommes d’affaires égyptiens, on espère faire des contrats d’importation, rien de plus », explique un businessman égyptien, sous couvert d’anonymat. D’ailleurs, l’avionneur brésilien Embraer pourrait signer de nouveaux contrats avec Le Caire pour un montant de 400 millions de dollars.


Affinités politiques

Le président Lula attend de cette visite un rapprochement des deux pays, qui sont tous deux en voie de développement, et affrontent des problèmes similaires. « Il faut renforcer les relations bilatérales, notamment la coopération économique, entre deux pays qui ont beaucoup d’affinités, surtout aux Nations-Unies et dans les organismes internationaux », a indiqué Sergio Tapajoz, conseiller à l’ambassade brésilienne au Caire. Ces affinités se sont notamment révélées à l’Organisation mondiale du commerce. Ces deux pays ont les mêmes demandes, notamment en ce qui concerne l’agriculture ou la propriété intellectuelle. Le Brésil, grand pays producteur de médicaments génériques, soutenait l’exemption des pays pauvres des droits de brevet, permettant à ces pays dépourvus d’industrie pharmaceutique d’importer des copies de médicaments. Le Brésil a l’intention d’exporter des médicaments génériques vers les pays en voie de développement.

Au-delà de la volonté de s’ouvrir de nouveaux marchés, Lula espère tirer profit du désamour provoqué par la guerre en Iraq, le conflit israélo-palestinien et les attentats du 11 septembre entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient. Il cherche aussi l’appui des pays arabes pour que le Brésil obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu.

Ibtessam Zayed

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« Les échanges commerciaux sont encore très faibles
et pauvres »

Entretien avec Luiz Furlan, ministre brésilien du Développement, du Commerce et de l’Industrie.

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte est l’un des plus grands marchés du Brésil au Moyen-Orient, mais la balance commerciale n’est pas équilibrée, elle penche fortement du côté brésilien. Comment rééquilibrer cette situation ?

Luiz Furlan : L’objectif de ce voyage en Egypte était de montrer aux entrepreneurs brésiliens et égyptiens les opportunités d’échanges entre les deux pays. Vu la capacité économique des deux pays, les échanges commerciaux sont encore très faibles et pauvres. Cette situation est due à la méconnaissance de nos marchés respectifs.

— Quels types de coopération vous paraissent possibles ?

— Dans nos secteurs traditionnels d’exportation, il existe certaines restrictions à l’entrée des produits brésiliens en Egypte. Ce que nous espérons, c’est de pouvoir améliorer cette situation dans l’avenir. Et ceci en mettant en place des accords commerciaux plus importants. Ceci parce que le volume des exportations égyptiennes vers le Brésil est très bas. Si on observe par exemple les chiffres de janvier jusqu’en octobre de cette année, on remarque qu’ils n’ont pas dépassé les 40 millions de dollars de l’Egypte vers le Brésil, et 60 millions de dollars du Brésil vers l’Egypte. Donc ce sont des chiffres très bas par rapport à la capacité des deux pays.

— En quoi l’Egypte et le Brésil ont-ils des économies complémentaires à vos yeux ?

— Le Brésil est aujourd’hui un gros producteur de produits alimentaires et en même temps, nous sommes de gros importateurs d’engrais et produits chimiques. Une bonne partie de ce que nous importons vient des pays considérés comme plus avancés et plus développés. Aujourd’hui, les produits que nous importons d’Egypte sont très liés à ce domaine, des engrais, du coton brut, etc. Mais celui-ci est un échange que je considère comme étant encore pauvre. Parce qu’il s’agit du commerce de matières premières. Mais je pense qu’une meilleure connaissance entre les hommes d’affaires et les entrepreneurs pourrait créer des opportunités d’échanges de produits ayant une plus grande valeur ajoutée.

— La plupart des pays arabes ont pour premiers partenaires commerciaux l’Europe et les Etats-Unis. Quelle stratégie compte utiliser le Brésil pour pénétrer ce marché traditionnellement réservé aux Européens ou aux Américains ?

— Nous savons que ceci n’est pas facile, mais pour expliquer cela, j’aimerais utiliser une phrase que le président Lula utilise toujours. Au fond notre plus grand défi est d’être capable de montrer aux pays arabes ce que nous avons, notamment la qualité de nos produits et notre technologie. Je pense qu’à ce moment, les pays arabes trouveront difficilement un pays plus proche et plus amical que le Brésil.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

 

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