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Oui ou non à l'Initiative de Genève  ?
Par Mohamed Salmawy

Un ami jordanien m'a demandé : que pensez-vous de l'Initiative de Genève et comment la partie arabe peut-elle l'aborder ? Je répondis : à mon avis, c'est une mauvaise initiative qui brade beaucoup de droits palestiniens. Quant à la manière d'y réagir, je pense qu'il faut afficher notre approbation. En réalité, la valeur de cette initiative signée à Genève la semaine dernière ne réside pas dans ses dispositions relatives aux Palestiniens ou aux Israéliens, mais dans le fait qu'elle vient prouver au milieu des meurtres, de l'effusion de sang, des destructions de maisons et des confiscations de terres que la paix est toujours possible et qu'il existe des leaders des deux côtés disposés à se rencontrer et à rechercher les moyens d'instaurer la paix et de bâtir un Etat palestinien souverain. L'initiative prouve au même titre que la voix populaire des deux bords peut se faire entendre et qu'elle est capable de prendre des initiatives que les parties officielles ont échoué à lancer parce qu'elles étaient complètement noyées dans leurs tentatives de soumettre l'autre partie par les armes. Etant donné l'appui international qu'elle a recueilli, cette initiative a prouvé enfin que l'opinion publique mondiale prenait partie pour ceux qui aspirent à régler la question palestinienne, et non pour ceux qui soutiennent l'expansionnisme israélien par la force.

Si nous examinons l'Initiative de Genève, signée par les deux délégations palestinienne et israélienne présidées par Yasser Abd- Rabbo, l'ex-ministre palestinien de l'Information et Yossi Beilin, l'ancien ministre israélien de la Justice, nous constatons qu'elle comporte de nombreux points faibles que nous avons cru avoir été réglés lors des multiples sessions de négociations palestino-israéliennes. Mais malheureusement, nous avons vu que la partie palestinienne a évité de mentionner le « droit au retour » des réfugiés palestiniens. Elle approuve également le désarmement de l'Etat palestinien et la supervision de l'accord par une force multinationale déployée uniquement dans l'Etat palestinien, et non pas en Israël. L'Etat d'Israël a lui le droit de posséder deux stations de pré-alerte au nord et au centre de la Cisjordanie. L'initiative stipule aussi le droit de l'armée de l'air israélienne à utiliser les couloirs aériens palestiniens à des fins d'entraînement, ainsi qu'une longue liste d'autres mesures qui rendent incomplète la souveraineté palestinienne.

Ce sont sans doute ces raisons qui ont provoqué la colère de certaines factions palestiniennes et déclenché des manifestations populaires à Gaza pour empêcher Mahmoud Khalifa, directeur au ministère de l'Information palestinien, de partir à Genève pour assister à la cérémonie de lancement de l'initiative.

A Gaza, 2 000 Palestiniens ont tenu une conférence pour marquer leur opposition à l'initiative considérée par quelques-uns comme une « nouvelle déclaration Balfour ». La conférence a appelé à traduire en justice les signataires de l'initiative, alors que des centaines de jeunes et d'enfants ont levé des pancartes portant les noms des villes palestiniennes occupées par Israël en 1948.

Sélim Al-Zaanoun, président du Conseil national palestinien, a envoyé un message à la conférence, dans lequel il a confirmé que plus de 5 millions de réfugiés sont attachés au droit au retour qui leur est garanti par les résolutions internationales, notamment la résolution 194 des Nations-Unies. Ramzi Rabah, membre du bureau politique du Front démocratique de libération de la Palestine, a dénoncé le fait que les signataires aient ignoré la résolution 194. Il a considéré que l'initiative innocente l'Etat hébreu de sa responsabilité juridique et morale envers la tragédie de plus de 5 millions de Palestiniens de la diaspora.

Mais le refus principal de l'initiative est venu d'Israël. Au moment où Yasser Arafat n'a pas voulu fermer complètement la porte à l'initiative en envoyant des représentants de l'Autorité palestinienne pour assister à la cérémonie de signature, le gouvernement d'Ariel Sharon a opposé son refus total à ce plan qui appelle à démanteler les colonies juives des territoires palestiniens occupés et à reconnaître l'Etat palestinien.

Sharon a conseillé à l'Administration américaine de ne pas rencontrer les responsables de cette initiative, et a écrit dans une lettre au président George Bush que ce plan était une tentative de tuer la Feuille de route élaborée par l'Administration américaine. Des porte-parole du gouvernement israélien ont déclaré que l'initiative représentait un danger pour l'avenir d'Israël en tant qu'Etat juif et qu'elle comportait des concessions israéliennes sans précédent en faveur des Palestiniens. Au même moment, les bulldozers israéliens ont commencé à préparer le terrain sur le mont Al-Mokabar, à Jérusalem-Est occupée, afin de construire une nouvelle colonie juive.

Au niveau populaire en Israël, une campagne d'attaques contre l'initiative a traversé les milieux civils et religieux sous la houlette des groupes extrémistes religieux et de droite. Le groupe « Pekuah Nafeish » a publié un communiqué dans lequel il demande que les Israéliens signataires de l'initiative, considérés comme des traîtres, soient traduits en justice. Le quotidien Haaretz avait effectué un sondage indiquant que 38 % des Israéliens s'opposent à l'Initiative de Genève, contre 31 %, alors que 31 % ne se sont pas prononcés.

Malgré cette forte opposition à l'initiative des deux côtés israélien et palestinien, l'opinion publique internationale a marqué son intérêt, puisque le plan a été lancé en présence de 700 des plus éminentes personnalités politiques dans le monde, à leur tête l'ex-président américain Jimmy Carter, le leader africain Nelson Mandela, l'ex-président polonais Lech Walesa, le conseiller politique du président Moubarak, Ossama Al-Baz, le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïsa, et la délégation palestinienne présidée par Jibril Rajoub, conseiller du président Yasser Arafat pour la sécurité nationale. Du côté culturel, il y avait l'écrivain israélien, défenseur des droits palestiniens Amos Oz, et du côté palestinien, l'artiste Sabrine. 85 personnalités politiques internationales ont également signé le communiqué d'appui à l'initiative. Ce communiqué a considéré l'initiative comme une « lueur d'espoir pour l'un des plus anciens conflits ». Parmi les signataires, il y avait l'ex-président soviétique, Michaël Gorbatchev, l'ex-président de l'Afrique du Sud, De Clerck, et l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari.

La question qui s'impose est de savoir si cette initiative pourrait être appliquée un jour, ou bien si elle connaîtra le sort de toutes les autres qui l'ont précédée. Il est évident qu'elle ne pourra pas être appliquée. Car si les anciens accords ont été avortés alors qu'ils étaient des accords officiels, qu'en est-il d'un plan non officiel ?

Cependant, l'initiative atteint un autre objectif. La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, a déclaré que ce plan parrainé par le gouvernement suisse vise à « exercer des pressions afin de négocier un accord de paix ». Surtout que l'initiative intervient à un moment où le monde est gagné par le désespoir quant à la possibilité de revenir à la table des négociations, étant donné la recrudescence de la violence en Palestine.

Donc l'initiative est à la base un outil politique et non un plan pratique, parce que ses signataires n'ont pas la capacité de l'appliquer. Pour qu'elle porte ses fruits politiques, elle doit jouir de l'appui arabe afin de cantonner le refus au seul camp israélien face à une unanimité mondiale.

Que les Arabes mettent l'accent sur le refus de certaines dispositions de l'initiative serait de courte vue, car un tel rejet réduit les pressions sur le gouvernement israélien en faisant porter la responsabilité, non pas à la seule partie israélienne, mais aussi aux Palestiniens.

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