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Côte-d’Ivoire . Lors d’une déclaration surprise, le président Laurent Gabgbo a annoncé son intention de se rendre au fief de l’ex-rébellion pour annoncer « la fin de la guerre ». Une fin qui n’apparaît toujours pas à portée de main.
Calendrier contesté pour la paix

Tirant parti des événements de la semaine dernière qui auraient pu remettre en cause le processus de paix, le président Laurent Gbagbo a pris toutes les parties de court en annonçant, apparemment unilatéralement et par surprise, vouloir se rendre « dans les jours prochains » à Bouaké, fief de l’ex-rébellion au centre du pays, pour annoncer la fin de la guerre. Afin que tout le monde sache que « la Côte-d’Ivoire est déterminée à aller à la paix ».

Désir sincère d’une paix rapide ou simple effet d’annonce avant avis de tempête ? On serait tenté de croire que le « soulèvement » de ses partisans, qui avaient manifesté leur mécontentement de l’état de ni guerre ni paix, a débloqué les négociations. Cinq jours après la fronde de plusieurs unités de l’armée ivoirienne, qui ont fait mine samedi 29 novembre de forcer le rideau des troupes françaises pour « libérer » Bouaké, la deuxième ville de la Côte-d’Ivoire tenue par les rebelles depuis septembre 2002, le processus de paix vient d’être relancé.

Réunis jeudi dans la capitale administrative Yamoussoukro, le président Gbagbo, ses principaux généraux et les chefs militaires de l’ex-rébellion ont notamment décidé d’établir « un calendrier applicable à partir du 15 décembre » concernant les différentes phases du processus de « cantonnement des troupes » et de « regroupement des armements légers et lourds », selon le communiqué final.

Le président a aussi invité les ministres issus de l’ex-rébellion, qui ont quitté le mois dernier le gouvernement de transition à reprendre leur pose. « Qu’ils sachent que je les attends », a-t-il déclaré.

C’est au cours de cette réunion, décidée sur fond de nouvelles tensions politiques et militaires, que le président ivoirien Laurent Gbagbo s’est prononcé pour la première fois pour une application intégrale des accords de paix de Marcoussis. « S’il n’est pas appliqué jusqu’au bout, un accord ne vaut rien », a lancé le chef de l’Etat ivoirien, qui n’avait jusqu’alors fait qu’accepter « l’esprit » de ces accords de paix signés fin janvier en France par les principaux partis politiques et les mouvements rebelles.

Signes de bonnes intentions, côté loyaliste, les éléments de l’armée ivoirienne qui avaient pris position dans la « zone de confiance » démilitarisée se sont repliés vendredi, selon un porte-parole de l’opération militaire française Licorne. Côté rebelles, ceux-ci ont libéré dimanche quarante militaires détenus qui ont été rapatriés à Abidjan. Réjoui de ces libérations, le président Gbagbo les a qualifiées « d’acte de paix irréversible ».

Mais passée l’euphorie provoquée par ces annonces, le doute et la méfiance ont très vite refait surface. La douche froide a été assénée par le porte-parole civil de l’ex-rébellion, Sidiki Konaté. Tout en se félicitant de l’engagement pris par le président en faveur de la paix et de l’application intégrale des accords de paix, Konaté a souligné que le communiqué final de la réunion de jeudi « n’engage pas la procédure de désarmement », estimant qu’il ne s’agissait pas pour l’instant que de « propositions ». « C’est le gouvernement de réconciliation qui applique le désarmement, pas Laurent Gbagbo ou les forces impartiales », a-t-il lancé. Le désarmement ne peut donc commencer avant le retour de l’ex-rébellion au gouvernement.

L’application stricte et intégrale des accords de Marcoussis est l’une des principales revendications de l’ex-rébellion, appelée désormais « Forces nouvelles ». Celles-ci ont suspendu fin septembre la participation de leurs ministres au gouvernement de réconciliation nationale, formé au lendemain de l’accord, pour protester contre des blocages, orchestrés selon eux par M. Gbagbo.

A la demande expresse du président Gbagbo, Seydou Diarra s’était rendu samedi à Bouaké, pour tenter — en vain — de convaincre les ministres issus de l’ex-rébellion de revenir siéger au gouvernement. Les Forces nouvelles ne reviendront pas siéger dans le gouvernement de réconciliation nationale avant que le président Gbagbo ne signe une délégation de pouvoirs au premier ministre Seydou Diarra, valable jusqu’aux élections d’octobre 2005, qui lui permette « d’avoir les coudées franches pour mettre en application les huit chapitres de l’accord de Marcoussis », a affirmé dimanche le porte-parole, Sidiki Konaté.

Alors qui croire et que croire ? Côté rebelle, entre la branche politique représentée par Guillaume Soro, un ministre d’Etat du gouvernement de réconciliation nationale étonnamment silencieux, et les militaires qui, eux, semblent jouer le jeu de la pacification. Côté gouvernemental, entre le président Gbagbo et une partie de son propre camp, résolument hostile aux accords interivoiriens de Marcoussis, mais qui ont déclaré vouloir les appliquer totalement, bien qu’ils constituent à leurs yeux une potion amère. Sans oublier la grogne de certains militaires qui il y a moins de deux semaines défiaient en direct à la télévision le pouvoir en exigeant la démission de leurs chefs « trop mous ». Si l’heure du choix semble avoir sonné, la Côte-d’Ivoire reste toujours une équation à plusieurs inconnus.

Chérif Albert
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