| Inauguré vendredi
à Abuja au Nigeria par la reine d'Angleterre Elizabeth II, le
sommet, qui a réuni les chefs d'Etat et de gouvernement de 52
des 54 membres du Commonwealth (la Grande-Bretagne et la plupart
de ses ex-colonies), devait permettre aux pays membres d'établir
des positions communes sur plusieurs sujets, allant de la promotion
de la démocratie au développement économique, ou encore à la
lutte contre le sida, fléau qui ravage l'Afrique. Mais Robert
Mugabe, président du Zimbabwe et grand absent du sommet, a volé
la vedette à toutes ces questions. Les divergences des Etats
membres sur la position à adopter face au Zimbabwe de Robert
Mugabe ont, en effet, paralysé le sommet qui s'est achevé dimanche.
Un débat qui s'est soldé, le jour de la clôture du sommet, par
le retrait du Zimbabwe du Commonwealth, annoncé par Mugabe.
Le président zimbabwéen
a fait cette annonce aux présidents nigérian Olusegun Obasanjo,
sud-africain Thabo Mbeki, et au premier ministre de la Jamaïque,
Percival Patterson, lorsque ces derniers l'ont appelé pour lui
communiquer la décision du sommet des dirigeants du Commonwealth
réunis à Abuja de maintenir la suspension du Zimbabwe de cette
organisation. M. Mugabe a estimé que le maintien de la suspension
de son pays du Commonwealth était inacceptable. Les trois dirigeants
ont alors tenté de convaincre le président Mugabe de maintenir
le pays au sein de l'organisation. Mais le président zimbabwéen
a jugé inacceptable une prolongation de la suspension de son
pays en attendant une éventuelle réadmission.
Le Zimbabwe est
suspendu du Commonwealth depuis la réélection très contestée
de Mugabe, il y a 20 mois. Les observateurs du Commonwealth
avaient dénoncé des fraudes massives et un climat de « peur »
instauré par les partisans du ZANU-PF, le parti de Mugabe. Il
faut ajouter à cela les nombreuses violences contre les fermiers
blancs, expropriés pendant la « réforme agraire »
menée par Mugabe. Depuis cette exclusion, le climat au sein
du Commonwealth s'est considérablement détérioré. Ce sommet,
qui devait être celui « de la démocratie et du développement »,
n'a pas échappé à la règle, où partisans et opposants à la réintégration
du Zimbabwe se sont affrontés. De nombreux pays africains se
sont prononcés pour le retour du Zimbabwe au sein du Commonwealth,
tandis que l'autre groupe, Grande-Bretagne en tête, estimait
que le comportement du Zimbabwe dans les derniers mois n'avait
rien fait pour justifier la levée de la suspension. Le premier
ministre britannique Tony Blair s'est pressé d'expliquer que
« le problème n'avait rien à voir avec un quelconque
problème Blancs/Noirs » et que « de
nombreux pays, africains, asiatiques ou occidentaux, étaient
d'accord pour maintenir la suspension du Zimbabwe, qui viole
de manière si flagrante tous les principes que le Commonwealth
représente ».
De nombreux pays
africains, Afrique du Sud en tête, soutenaient un retour du
Zimbabwe dans le giron du Commonwealth, contre l'avis des pays
développés (Grande-Bretagne, Canada, Australie, principalement),
mais plus pour des raisons pratiques qu'au nom d'un quelconque
panafricanisme : l'Afrique du Sud et les pays frontaliers
du Mozambique pensent surtout que les sanctions sont « contre-productives »
et qu'elles ne pourront qu'amener une détérioration supplémentaire
de la situation interne du Mozambique, pourtant déjà catastrophique
(inflation de 585 % par an, pénurie de biens de base, violences
politiques, etc.). Une telle détérioration pourrait conduire
le pays à l'explosion, ce qui aurait de graves conséquences
pour toute la région. Les partisans des sanctions, quant à eux,
estiment qu'elles sont le seul moyen de faire plier Robert Mugabe.
Le Nigeria, organisateur
du sommet, avait pourtant tenté de désamorcer le problème, en
créant, dès vendredi, un comité de six pays (Australie, Canada,
Mozambique, Inde, Jamaïque et Afrique du Sud) chargé de discuter
les conditions de la réinsertion du Zimbabwe dans le Commonwealth.
Cela n'a pas suffi, et la controverse a fait rage tout au long
du sommet. La Grande-Bretagne ayant ouvertement accusé l'Afrique
du Sud de bloquer les débats du groupe des Six, rendant celui-ci
incapable de fournir ses conclusions, avant que cela ne soit
démenti par le premier ministre canadien, John Howard, membre
dudit groupe. Finalement, dans la nuit de dimanche, le groupe,
rejoint par le Nigeria, a rendu ses conclusions, sévères :
la suspension du Zimbabwe a été renouvelée, sans limite de temps.
Ce qui a finalement incité le Zimbabwe à quitter l'organisation.
Les relations entre
les pays africains et les pays développés au sein du Commonwealth
ressortent donc encore meurtries par ce sommet, d'autant plus
que plusieurs pays africains souhaitaient voir le départ de
Don Mc Kinnon, ancien ministre néo-zélandais des Affaires étrangères,
et actuel secrétaire général du Commonwealth. Or, celui-ci a
été réélu pour un nouveau mandat de 4 ans, dès vendredi. Paradoxalement,
la décision de continuer la suspension du Pakistan (l'autre
grand absent du sommet, suspendu pour des raisons similaires)
n'a pas fait de vagues. Le président du Pakistan, Pervez Musharaf,
s'est dit déçu et a jugé la décision « regrettable ». |