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Cinéma . En pleine crise du cinéma égyptien, neuf nouvelles salles s'apprêtent à ouvrir leurs portes au Caire. Certains dénoncent le déséquilibre d'équipement entre la capitale et le reste du pays, d'autres estiment que la priorité devrait être donnée à la production de nouveaux films. Enquête.
Ecrans en quête de films

Plus de 210 salles de cinéma en Egypte pour seulement une dizaine de films égyptiens produits chaque année. Voilà à quoi est réduit le cinéma égyptien, qui était l'une des industries les plus importantes du pays il y a une trentaine d’années. Que les cinéastes polémiquent autour du manque de salles de projection, c’est logique. Mais qu’ils le fassent à l'occasion de l’ouverture de nouvelles salles paraît assez étrange.
Huit nouvelles salles vont en effet ouvrir leurs portes au public dans le quartier de Maadi d'ici quelques jours, malgré la crise de production du cinéma égyptien.
« Le ministère de l’Information veille depuis plus de quatre ans à soutenir le cinéma égyptien dans sa crise de production. C’est pourquoi le ministre de l'Information lui-même, Safouat Al-Chérif, inaugurera ce complexe de salles au cours de ce mois-ci. Ce sont de nouveaux débouchés pour le film égyptien », explique Mamdouh Al-Leissi, président de l’Organisme du cinéma à la Cité des médias.
Ce complexe, dont la construction a coûté plus de 25 millions de L.E. est doté des appareils et des équipements les plus modernes et se situe au même niveau technique que les grandes salles européennes.
Une autre nouvelle salle de cinéma et de théâtre, construite et équipée par le directeur et producteur Adel Adib, sera également inaugurée dans un mois à l’hôtel Hyatt, dotée des équipements nécessaires afin d'organiser des projections pour les sourds-muets.
Toutefois, beaucoup de critiques et de cinéastes voient dans la construction de ces nouvelles salles, en cette période de crise du cinéma égyptien, une lame à double tranchant. Les impératifs commerciaux étant ce qu'ils sont, ces salles pourraient inciter leurs propriétaires à projeter plus de films américains.


Priorité à la production

« Personne ne peut nier l’effort déployé par les grandes sociétés et par les investisseurs pour essayer de promouvoir la production du cinéma égyptien, mais, malheureusement, je trouve que cet effort n’est pas bien guidé », explique le critique Magdi Al-Tayeb. « Bien sûr, c'est important de construire et d’équiper de nouvelles salles de cinéma, mais c'est très coûteux, surtout dans les circonstances économiques actuelles. Le plus important à mon avis est de produire les films qui seront projetés dans les salles déjà existantes, menacées de fermer leurs portes à cause du petit nombre de films égyptiens produits chaque année ».
Pour Al-Tayeb, si l’on constate que certains films sortis pendant les fêtes couvrent à peine leur coût de production, on peut imaginer alors la perte qui menace les producteurs, les distributeurs et les propriétaires des salles. « Il faut d’abord fournir les produits et bien les fabriquer avant de leur chercher les vitrines », poursuit Al-Tayeb.
Quant aux producteurs des films, ils essaient d'écarter toute responsabilité, en soulignant que le fait de produire un film actuellement représente une mission presque impossible, surtout à cause des sommes faramineuses exigées par les stars. « Un petit nombre de producteurs sont déterminés à produire des films et à ne pas renoncer à notre production malgré tous les entraves et les problèmes qui les entourent », assure le producteur Mohamad Al-Adl.

De son côté, Mounib Chaféï, président de la Chambre de la production du cinéma, est pour la création de nouvelles salles de cinéma, même si le nombre des films égyptiens n’est pas satisfaisant pour le moment. « Nous avons tant réclamé depuis des années la construction de salles bien équipées, et nous avons même demandé à l’Etat d'accorder des facilités à ceux qui décident d’investir dans ce domaine, il ne faut pas blâmer ceux qui réalisent ces projets », dit Chaféï. Et de poursuivre : « Il faut alors encourager d’autres investisseurs à produire des films égyptiens qui y seront projetés. Sinon, on ne trouvera comme solution que de permettre à ces salles de projeter des copies supplémentaires de films américains qui attirent le public, rien que pour que ces salles ne ferment pas leurs portes ».


Spectateurs de seconde zone

Au-delà des polémiques entre cinéastes, producteurs et critiques, on remarque clairement que la carte des salles de cinéma en Egypte manque de planification. Il faut noter que 90 % des salles se situent au Caire et à Alexandrie, alors que le nombre de salles dans les autres villes va en s'abaissant, au point que 70 % des salles de cinéma en Haute-Egypte par exemple ont fermé leurs portes ces derniers temps.
« Malheureusement, beaucoup de nos quartiers populaires, comme beaucoup des autres gouvernorats, ne sont pas visés par les investisseurs pour y créer des salles de projection bien équipées, c’est pourquoi j’ai décidé de rouvrir l’ancienne salle de cinéma Soheir dans le quartier d'Abbassiya, transformée depuis de longs mois en entrepôts, et de l’équiper avec un système de son et de projection des plus sophistiqués. Ce sera la salle Al-Basma (Le Sourire), afin de donner une chance aux habitants des quartiers populaires de voir les mêmes films, au même moment et avec les mêmes techniques avancées de projection », dit Mohie Zayed, directeur de la salle Al-Basma.
Quant aux fans du cinéma dans les autres villes que Le Caire et Alexandrie, ils se sentent injustement négligés par les investisseurs. « Dans beaucoup de villes, les spectateurs sont malheureusement privés de la chance de voir les nouveaux films dans les mêmes conditions que ceux des grandes villes », déplore Karim Chaker, l’un des responsables du cinéma Misr à Ismaïliya.
Une avis partagé par Samir Anis, directeur du cinéma Al-Charq à Damiette. Quant à Mohamad Maher, directeur adjoint du cinéma Al-Negma à Assiout, il souhaite que l'on accorde aux villes de la Haute-Egypte le même intérêt qu'aux autres grandes villes égyptiennes. « Je rêve que les spectateurs du sud de l’Egypte, dont la majorité sont cultivés et ouverts d'esprit, soient un jour respectés par les responsables du cinéma égyptien. Ceci ne veut pas dire qu'on arrête de construire des salles au Caire et à Alexandrie, mais simplement qu'il faut faire en sorte que les spectateurs de la Haute-Egypte ne soient pas un public de seconde zone ! ».

Yasser Moheb

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