| |
| Politique
monétaire .
Farouq Al-Oqda, le nouveau
gouverneur de la Banque Centrale saura-t-il réussir là où son
prédécesseur a échoué ? Plusieurs dossiers brûlants l'attendent. |
Gestion
de crise |
| La
nomination de Farouq Al-Oqda, qui vient de prendre la tête de
la Banque Centrale Egyptienne (BCE), n'est pas passée inaperçue.
D'abord parce qu'il arrive en remplacement de l'ancien gouverneur,
Aboul-Oyoune. Ce limogeage est une première, alors que le gouverneur
de la Banque Centrale est censé jouir d'une indépendance complète
vis-à-vis du gouvernement. En second lieu, parce que Al-Oqda
risque de rencontrer le même destin que son prédécesseur, lorsque
des différends vont inévitablement surgir sur la politique monétaire.
Six mois de conflits
entre Atef Ebeid et Aboul-Oyoune ont en effet mené à une paralysie
totale de la BCE. Au point d'avoir suspendu les réunions du
conseil d'administration de la Banque pendant toute cette période.
Cela a aussi entraîné le gel de certains dossiers touchant au
cœur de l'activité économique.
La nomination de
Farouq Al-Oqda a débloqué la situation, mais pour combien de
temps ? Ce dernier devra faire face à des problèmes multiples,
comme l'instabilité du marché de change, l'inflation galopante,
la gestion des taux d'intérêt, et le problème des personnes
insolvables. |
Marché de change instable |
L'arrivée du
nouveau gouverneur n'a eu aucun effet sur le marché de change.
Le cours du billet vert sur le marché noir n'a pas dépassé le
seuil des 7 livres. Il a seulement augmenté de 2 piastres atteignant
ainsi 7,02 L.E. « Nous ne prévoyons aucun changement
dans la politique monétaire. Le choix du nouveau gouverneur
ne reflète pas nécessairement un changement dans la gestion
des affaires », assure un banquier sous couvert d'anonymat.
Depuis six mois,
dans les couloirs des milieux d'affaires, il se murmurait qu'Aboul-Oyoune
n'était pas maître de ses décisions. Par exemple, début avril,
lorsque l'écart entre le cours officiel du dollar et celui du
marché noir a commencé à se creuser, Aboul-Oyoune n'a pas été
autorisé à intervenir en puisant dans les réserves internationales.
Une ligne rouge que le président de la République, Hosni
Moubarak, avait fixée à la BCE.
Théoriquement,
depuis le 29 janvier dernier, le marché de change est complètement
libre. Mais en réalité, cette libéralisation n'a duré que quelques
semaines. Car depuis plus de sept mois, la Banque Centrale demande
aux banques de geler les cours du dollar aux alentours de 6,14-6,16
L.E.
Que faut-il donc
faire pour rendre le marché de change stable ? Nabil Hachad,
président du Centre arabe pour les recherches bancaires, suggère
d'intervenir sur le marché de change en injectant des billets
verts empruntés de l'extérieur. « Il ne faut pas intervenir
avec les réserves internationales. Leur montant avoisinant la
somme de 14 milliards de dollars, ce qui n'est pas suffisant
pour maintenir la stabilité du marché de change ».
Il donne des exemples de plusieurs pays ayant libéralisé leur
système de change et qui ont eu recours à cette mesure, comme
la Malaisie et le Pakistan.
Par ailleurs, pour
que la libéralisation du taux de change soit populaire, « elle
doit être accompagnée d'une augmentation des subventions accordées
aux citoyens à revenus limités », ajoute Hachad. |
|
Inflation galopante
|
| Il y a quatre
ans que les prix s'élèvent. Ils suivent ainsi la hausse du cours
du dollar sur le marché noir. Mais c'est aussi le résultat de
l'augmentation continue des dépenses publiques. Ainsi, le taux
d'inflation est passé de 2,3 % à plus de 5 %, selon
les chiffres officiels, et aurait dépassé les 10 %, selon
des sources indépendantes. Dans un contexte de récession, un
taux élevé d'inflation est tolérable, « ça donne un
souffle à la croissance », estime Leïla Al-Khawaga,
professeur d'économie à l'Université du Caire. Mais malgré l'inflation,
l'ancien gouverneur n'a pas réussi à relancer l'économie, comme
il l'avait déclaré au moment de la libéralisation du marché
de change.
Le nouveau gouverneur
parviendra-t-il à gérer cette inflation, ou sera-t-il contraint,
face à la pression de l'opinion publique qui voit son niveau
de vie chuter, à mener une politique de rigueur monétaire ? |
|
Question des taux d'intérêt
|
| La vraie erreur
d'Aboul-Oyoune est d'avoir continué à baisser le taux d'intérêt,
même après la flambée des cours du dollar et le phénomène de
dollarisation de l'économie. La BCE a eu recours à cette mesure
pendant trois ans afin de réduire le coût de l'emprunt auprès
des banques. L'objectif était d'inciter le secteur privé à financer
de nouveaux projets. Ainsi les taux d'intérêt ont-ils baissé
aux environs de 8 % en 2003, alors qu'ils étaient de 11 %
en 2000. « Il fallait élever à nouveau les taux d'intérêt,
pour que les gens maintiennent leurs épargnes en monnaie nationale
pendant au moins sept à neuf mois », reproche Nabil
Hachad. Et d'ajouter : « Quand la tempête est passée,
et que la confiance en la livre est de retour, les taux devraient
baisser de nouveau ». |
|
40 milliards de livres non recouvrées
|
| Les crédits
non remboursés aux banques ont atteint environ 40 milliards
de L.E. Sous Aboul-Oyoune, la fuite à l'étranger des hommes
d'affaires endettés ne s'est pas arrêtée. Le gouverneur n'aimait
pas évoquer ce sujet, mais a déclaré à maintes reprises que
les emprunts non remboursés sont étudiés au cas par cas, et
que plusieurs d'entre eux ont été résolus. Cependant, il s'est
abstenu de réagir officiellement sur la proposition du très
influent comité économique du Parti National Démocrate (PND).
Ce comité, présidé par Mahmoud Mohieddine, avait proposé, début
2003, la création d'une société holding chargée d'acheter, en
premier lieu, les dettes insolvables des banques pour ensuite
tenter de les récupérer. |
| Salma Hussein
Gilane Magdi |
|
Retour
au Sommaire |
|
Parcours
du nouveau gouverneur |
Farouq Al-Oqda, qui possède la double nationalité,
égyptienne et américaine, est spécialiste de financement privé
et de gestion. Il a passé la plus grande partie de sa vie
professionnelle aux Etats-Unis.
|
|
2003 :PDG de la banque publique
Al-Ahli.
1997 à 2001 :Conseiller du gouverneur
de la Banque Centrale égyptienne.
1997 à 2002 :Conseiller financier
auprès de la Banque de New York (BNY) Leasing
Corporation.
1993 à 1997 :Vice-président de
la BNY Leasing Corporation.
1978 à 1982 :Professeur de comptabilité
et de finances à l'Université de Pennsylvanie
aux Etats-Unis.
1978 à 1979 :Conseiller à l'International
Financial Corporation (IFC), filière de la Banque mondiale,
pour l'analyse de risque du portefeuille de l'institution.
1983 :Doctorat dans les affaires
et l'économie appliquée.
|
|
|