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La planète foot en 32 couleurs
supplément spécial sur le mondial 2002

 

Ballack, le petit Kaizer

Les triples champions du monde ont plutôt la réputation de produire de rugueux défenseurs, des milieux de terrain infatigables et des buteurs efficaces, mais les artistes se font plutôt rares. Or, Ballack en est un. Malgré son poste de milieu défensif, il est hyper-technique. Cependant, le milieu de terrain âgé de 25 ans a longtemps été considéré comme un joueur irrégulier, pas toujours prêt à mouiller le maillot quand il évoluait pour la Mannschaft.
Finalement, ces trois buts lors du barrage aller retour décisif contre l'Ukraine (5-2) en novembre dernier ont tout changé, et le sélectionneur Rudi Völler ne cache plus son intention de faire de lui la pièce maîtresse de l'équipe d'Allemagne. Ballack est incroyable pour un milieu récupérateur : dix-sept buts en Bundesliga, six en Ligue des champions avec le Bayer Leverkusen. Pas de doute, il a effectué la plus belle saison de sa carrière. Le finaliste malheureux de la Ligue des champions, de la Coupe d'Allemagne et du Championnat allemand est né à Görlitz, dans l'ancienne RDA. Il a joué à Karl Marx-Stadt et au FC Chemnitz, avant de rejoindre en 1997 le FC Kaizerslautern, puis le Bayer Leverkusen en 1999. Aujourd'hui, Johan Cruyff, Franz Beckenbauer et même le roi Pelé le flattent. En Allemagne, on le surnomme « le petit Kaizer », établissant une comparaison directe avec le mythique Beckenbauer. Un tel talent n'a pas manqué d'attirer l'attention du Bayern Munich qui l'a d'ores et déjà fait signer pour la saison prochaine en prévision du remplacement d'un Stefan Effenberg vieillissant. Il devient le transfert le plus cher que le Bayern ait jamais réalisé. Le joueur touchera 15 millions d'euros à la signature et 4,5 millions par an.


Diouf, un talent explosif

En inscrivant la moitié des buts du Sénégal lors des éliminatoires, El-Hadji Ousseynou Diouf a largement contribué à la qualification de son équipe. A 21 ans, le buteur de Lens a déjà effacé tous les records nationaux, même ceux de son modèle, Jules Bocandé.
Buteur né, dribbleur intelligent, capable de se sortir de toutes les situations, Diouf est une perle rare. Volontaire et courageux, le Sénégalais aux cheveux courts et décolorés a les défauts de ses qualités. Parlant beaucoup sur le terrain, il est souvent pris en faute par les arbitres.
Hors du terrain, El-Hadji Diouf est capable du pire. Alors joueur de Rennes, il est impliqué dans un accident de la circulation (il conduisait sans permis) et abuse des sorties nocturnes avec quelques coéquipiers.
Jeune joueur au gabarit moyen (1,76 m), il quitte Saint-Louis du Sénégal, où réside encore sa mère, pour l'équipe des moins de 17 ans de Lens. L'essai est infructueux et il rejoint Sochaux, où il passe une saison, joue 15 matchs mais ne marque pas. Transféré à Rennes, il demeure inconstant. Son comportement pousse les dirigeants à le prêter en 2000 à Lens, où son heure va bientôt sonner.
Avec ses lunettes de soleil et ses vêtements à la mode, il est la star de l'équipe. El-Hadji Diouf, toujours attiré par les paillettes et la jet-set, s'astreint à des règles d'entraînement plus strictes depuis que sa chance lui a été donnée tant avec Lens qu'avec le Sénégal.


Cissé, un bleu de charme

Le buteur d'Auxerre (D1 française), qui ne compte pourtant qu'une sélection chez les A, a réalisé un exploit de taille en intégrant les Bleus trois semaines avant le Mondial. Co-meilleur buteur du Championnat de France avec 22 buts, sa redoutable efficacité a fait pencher la balance en sa faveur, au détriment de Nicolas Anelka. Ce qui n'est pas une mince réussite quand on connaît l'affection de Roger Lemerre, le sélectionneur national, pour l'attaquant de Liverpool. La dernière petite perle de Guy Roux, l'entraîneur d'Auxerre, compte de nombreux atouts pour accéder au statut de vedette à part entière : ses qualités techniques, sa vélocité, ses accélérations et sa puissante frappe de balle, son sens du but, sans parler du « look Cissé » très étudié, avec cheveux peroxydés et barbe finement taillée. Bref, un joueur complet à qui ne manque peut-être que d'améliorer son jeu de tête et d'expérimenter les grands rendez-vous. « Je ne réalise pas encore », continue le meilleur buteur des juniors en Coupe du monde en Argentine 2001. « C'est grand ce qui m'arrive. Je n'aurais jamais pensé être là aujourd'hui, vu le potentiel de l'équipe de France. Je n'imaginais même pas qu'ils songeaient à moi ».
« C'est le petit nouveau. Il va observer et regarder pour s'intégrer », note le sélectionneur. Avec Sylvain Wiltord, Thierry Henry et David Trezeguet, la concurrence sera en effet considérable en Asie. Mais le genou fatigué d'Henry et la longue saison de Wiltord et Trezeguet donnera peut-être la chance au grand public de voir évoluer l'un des meilleurs joueurs d'Europe de la saison 2001-2002. Avec Dugarry, Djorkaeff et Guivarch en 1998, qui aurait imaginé que Trezeguet et Henry, 20 ans chacun, allaient terminer meilleurs buteurs des Bleus ?


Olisadebe, l'idole venue de loin

Né à Warri, au Nigeria, dans une famille modeste de cinq enfants, Emmanuel Olisadebe grandit en jouant dans les rues et en rêvant aux vedettes de l'équipe nigériane, Rachidi Yekini, George Finidi ou Daniel Amokachi, qui allaient devenir les héros de la Coupe du monde 1994. Son toucher de balle attire les recruteurs des clubs nigérians et il intègre l'équipe professionnelle de Jasper United d'Onitcha. C'est dans ce club du sud du pays que les superviseurs de clubs étrangers le repèrent. A 18 ans, il signe avec le Polonia Varsovie et fait le voyage vers le froid, où l'attend l'entraîneur et actuel sélectionneur polonais Jerzy Engel. Le jeune Africain a du mal à s'acclimater à la D1 polonaise. Après deux « saisons blanches », son talent éclate. Au point que les dirigeants songent à le faire naturaliser. L'intervention du président polonais Alexander Kwasniewski est nécessaire pour accélérer la procédure, qui impose de séjourner dans le pays pendant cinq années au moins. Naturalisé polonais en juillet 2000, il impressionne lors du premier match des éliminatoires du Mondial 2002. Emmanuel Olisadebe, premier joueur de couleur à porter le maillot polonais, fait taire les critiques en marquant deux fois contre l'Ukraine.
Sa notoriété dépasse les frontières polonaises et, en janvier 2000, il émigre, avec sa fiancée Beata Smolinska, vers la Grèce. Acheté par Polonia pour une somme de 164 000 euros, « Oli » ou « Emsi » est prêté pour 18 mois — son transfert est estimé à une somme dix fois supérieure — au Panathinaïkos d'Athènes, avec lequel il est vice-champion 2001. Pendant les éliminatoires du Mondial, il marque 8 buts et devient une idole dans son pays d'adoption. Avant d'en devenir une au plan international ?


Al-Temyat, l'ambassadeur des faibles

Il ne découvrira pas la Coupe du monde, il a fait partie des joueurs saoudiens sélectionnés en France en 1998, même s'il n'a pas joué, mais Nawaf Al-Temyat aura certainement cette fois l'occasion de se signaler aux observateurs du football international. Joueur asiatique de l'année en 2000, Al-Temyat fait partie de la nouvelle génération de l'équipe entraînée par Nasser Al-Johar. Après avoir été distingué, le milieu de terrain saoudien, au sens collectif très développé, a dédié sa distinction à ses parents, mais surtout à ses coéquipiers d'Al-Hilal, avec lequel il a encore remporté la Coupe d'Asie des vainqueurs de coupes 2002. Les qualités humaines de Nawaf Al-Temyat font de lui un exemple en Arabie saoudite. Une anecdote est vraisemblablement à l'origine de la réputation de « l'ambassadeur des faibles ». Après un but victorieux en Coupe d'Arabie saoudite, voulant partager sa joie avec les supporters d'Al-Hilal, il court vers la tribune mais aperçoit dans un fauteuil roulant un jeune homme incapable de se lever. Il s'agenouille devant lui et l'embrasse.
Souvent comparé à Saïd Al-Owaïrane (l'auteur d'un des plus beaux buts de la Coupe du monde, contre la Belgique en 1994), Nawaf Al-Temyat a une technique supérieure. Ses qualités de maîtrise du ballon, sa créativité et la puissance de ses tirs sont très redoutées. Après l'an 2000, faste pour le Saoudien avec un titre de champion d'Asie des clubs, une Supercoupe d'Asie et une finale en Coupe d'Asie des nations, Al-Temyat est éloigné des terrains l'année suivante en raison d'une grave blessure au genou. Revenu à son meilleur niveau, il sera l'un des atouts essentiels de l'Arabie saoudite face à l'Allemagne, le Cameroun et l'Eire.


Ljungberg, le « Gunner » suédois

Fredrik Ljungberg n'a pas mis longtemps à conquérir les supporters d'Arsenal. Le 20 septembre 1998, neuf jours seulement après avoir signé pour le club londonien, il entre en jeu à 10 minutes de la fin du match contre Manchester United. Cinq minutes plus tard, il lobe Peter Schmeichel et marque le but du 3-0. Le public d'Highbury exulte. Arsène Wenger a vu juste en recrutant le milieu de terrain offensif d'Halmstad pour 3 millions de livres. L'entraîneur français avait été impressionné par son match contre l'Angleterre (2-1), en qualifications pour l'Euro 2000, en septembre 1998 à Stockholm. Malgré ces débuts de rêve, Ljungberg, qui a été un des principaux artisans du titre de champion de Suède de Halmstad en 1997, mettra du temps à s'imposer dans une équipe à l'effectif très riche et sa première saison est discrète. Par la suite, quelques blessures ralentiront sa progression. Petit à petit, celui que certains n'hésitent pas à surnommer « le nouveau Brolin » (du nom du brillant milieu de terrain suédois de l'équipe qui se classa troisième du Mondial 1994) prend ses marques dans le groupe de Wenger avec lequel il fut un des artisans principaux du doublé (championnat-coupe), remporté en 2002. « Freddie », 25 ans, qui adore jouer en soutien derrière deux attaquants de pointe, s'illustre sur le flanc du milieu de terrain d'Arsenal. Très actif, il est un véritable poison pour l'adversaire qu'il perturbe par ses contre-attaques tranchantes. Ljungberg est considéré comme l'un des joueurs les plus rapides balle au pied en Europe. Cette année, il s'est aussi illustré en fin finisseur ; comme lors du Championnat anglais où il marqua 9 buts déterminants pour le sacre d'Arsenal ou comme lors de la dernière finale de la Coupe, remportée par Arsenal devant Chelsea (2-0), avec un magnifique but enroulé du pied droit.


Nakata, la perle nipponne

Hidetoshi Nakata est le footballeur le plus expérimenté et talentueux que le Japon ait connu, et celui sur qui repose la majeure partie des espoirs de ce jeune pays de football pour « sa » Coupe du monde. Appelé « Hide », celui qui s'est présenté au Mondial 1998 avec une chevelure rousse est doté d'une excellente vision du jeu. Ses passes souvent millimétrées et ses dribbles l'ont rapidement élevé au rang de star. Arrivé à France 1998 avec une solide réputation de vedette de l'équipe nipponne, Hidetoshi Nakata fait aussitôt l'expérience du football européen dans le Championnat d'Italie, d'abord à Pérouse en 1998-99, avant de signer en fin de saison suivante pour l'AS Rome. En une saison, son palmarès s'enrichit d'une Coupe d'Asie des nations 2000, puis d'un scudetto acquis par la Roma. Malgré de bonnes performances, Nakata, qui draine les foules nipponnes vers le Calcio, quitte la capitale pour Parme à l'aube de la saison 2001-2002.
Jeune, il avait intégré la J-League dans le club de Bellmare Hiratsuka où ses exploits en font une véritable vedette d'un public où les jeunes sont légion. Meilleur joueur d'Asie deux années consécutives (1997, 1998), son nom est inscrit sur les tablettes des recruteurs européens. Et le club italien de Pérouse a réussi le tour de force de le faire signer avant le Mondial 1998. En septembre 2000, Nakata, en passe de signer à la Roma, est « chahuté » par les médias et les dirigeants nippons pour avoir raté un tir au but aux JO de Sydney. Au printemps 2001, Nakata privilégie son club, en quête du titre de champion, à la sélection nationale qui dispute la Coupe des confédérations chez elle. En pleine compétition, il retourne à Rome, où il est souvent sur le banc, pour y disputer un match crucial. La réputation de Nakata, au caractère rebelle, ne s'en trouve pas amoindrie, même si des mouvements nationalistes le critiquent, lui reprochant de ne pas chanter l'hymne national. Il est le héros d'un jeu vidéo battant des records de vente au Japon. Avant d'être un héros du Mondial ?


Baraja, l'âme de Valence

International seulement à onze reprises, il fait désormais partie de l'équipe type espagnole pour le Mondial. Pourtant, sa saison avait mal commencé.
Il connut, avec son club Valence, une grave blessure au genou gauche en août dernier, quelques jours avant le début du Championnat. Il revient 4 mois plus tard dans le groupe, et là, les choses ont enfin bien tourné. Le retour de Baraja a en effet coïncidé avec le vrai décollage de Valence. Milieu défensif, il est aussi l'organisateur de l'équipe. Sa polyvalence, sa capacité à s'adapter à tous les styles de jeu, apte aux scénarios les plus combatifs comme au jeu court ou long, Baraja a aussi une qualité rare pour un milieu défensif : il marque des buts. Pour preuve, il est le meilleur buteur de Valence dans cette Liga, que son club remporta au détriment du Real de Madrid, de La Corogne et de Barcelone. Ruben Baraja, 26 ans, au club depuis 2000 après des passages à l'Atletico Madrid (1996-2000) et Valladolid, est devenu le patron des champions d'Espagne et est appelé par le public l'âme de Valence, faisant même oublier le dieu Mendieta, ex-superstar de la ville et son complice au milieu de terrain de la sélection.


Recoba, un gaucher génial

Alvaro Recoba, 26 ans, devrait être une pièce maîtresse de l'Uruguay, tant il a été essentiel dans le schéma tactique du sélectionneur Victor Pua, qui l'a appelé à presque tous les matchs éliminatoires.
Joueur de l'Inter de Milan, où il arrive en 1997 pour partager l'affiche avec Ronaldo, Recoba concrétise 15 buts en 19 matchs, sans être toujours titulaire.
En janvier 1999, le « Chinois » (en raison de ses traits asiatiques) est prêté à Venise. Il revient à Milan au début de la saison suivante et, dès le mois de novembre, il en devient le fer de lance, Ronaldo venant de se blesser gravement. Son contrat est prolongé de cinq ans et demi et il perçoit un salaire annuel de 8 millions d'euros, un record à l'époque. Il fait apparaître de temps en temps des coups de magie grâce à un excellent pied gauche, qui le distingue dans les coup francs, sans pourtant rendre ce qui lui est payé.
Alvaro Recoba débute en D1 uruguayenne à l'âge de 17 ans, au Danubio, puis au Nacional de Montevideo, avec lequel il gagne le Championnat 1996. En janvier 1995, il est appelé en sélection. Il n'a pas 19 ans. C'est à cette époque que les clubs italiens s'intéressent à cet attaquant de poche de 1,73 m pour 68 kg. L'Inter le souffle à la Juventus.
Bon technicien, vif, efficace sur les coups francs, Recoba dirige le jeu d'attaque des Nerazzuri en l'absence de Ronaldo. Mais il se retrouve au centre d'une affaire de faux passeports en novembre 2000. En juin 2001, la Fédération italienne le condamne à un an de suspension. Sanction revue à la baisse par le Comité Olympique Italien (CONI).
Il est autorisé à rejouer en octobre 2001 après avoir prêté son image à des programmes contre le racisme et la violence dans les stades.
La Coupe du monde 2002 pourrait bien trancher le débat sur lui entre surdoué ou enfant gâté.


Izmailov, l'adolescent de Moscou

Si, il y a 13 mois, on avait prédit à Marat Izmailov, milieu de terrain des Espoirs du Lokomotiv de Moscou, qu'il allait devenir une star de l'équipe nationale, le teen-ager aurait pensé à une mauvaise blague. Il ne rêvait alors que de devenir titulaire de l'équipe première du Loko, et éventuellement de participer à la Ligue des champions. Mais, aujourd'hui, beaucoup en Russie croient que la saison 2001 a été celle d'Izmailov et parient que la suivante le sera aussi. Izmailov a débuté dans le Championnat national en avril 2001 et a joué 29 matchs sur 30 pour le Lokomotiv, cumulant 6 buts et 6 passes décisives. Un sondage réalisé parmi les joueurs de première division le situait comme le 2e meilleur joueur du pays, après le gardien, Nigmatouline, aujourd'hui à Vérone. Aussi, lorsque l'entraîneur de l'équipe nationale, Oleg Romantsev, l'a convoqué pour un match amical, contre la Grèce, cela n'a été une surprise pour personne.
Depuis août dernier; le jeune milieu a joué 6 autres rencontres, dont le dernier match des éliminatoires du Mondial 2002, contre la Suisse, et le match nul contre les Bleus, au stade de France, en avril. A 19 ans, Izmailov donne des preuves de maturité. En grande partie grâce aux passes et à la vitesse de son jeune meneur du jeu. Le Milan AC, qui l'avait repéré lors de la Ligue des champions, a proposé 10 millions d'euros au Loko pour s'attacher ses services, mais l'offre a été repoussée par son club.

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