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La planète foot en 32 couleurs
supplément spécial sur le mondial 2002

 



 

Coupe du monde . Bien qu'accusé de graves indélicatesses financières, le Suisse Joseph Blatter s'est triomphalement fait réélire à la tête de la Fédération internationale de football, contre le Camerounais Issa Hayatou.
La victoire de Blatter
risque-t-elle de tourner ?

Le Suisse Joseph Blatter, 66 ans, a été réélu au poste de président de la Fédération internationale de football (FIFA) pour une nouvelle période de quatre ans. Blatter a écrasé son concurrent, le Camerounais Issa Hayatou, président de la Confédération Africaine de Football (CAF), lors du premier tour du scrutin qui a lieu le mercredi 29 mai à Séoul. Sur les 197 voix du Congrès de la FIFA, le Suisse a récolté 139, contre 56 seulement pour Hayatou (55 ans), s'assurant ainsi largement la majorité requise des deux tiers. Le soutien dont ce dernier a bénéficié pendant la campagne électorale de la part du patron de la Fédération européenne de football, l'UEFA, le Suédois Lennart Johansson, lui même candidat malheureux contre Blatter en 1998, ne lui aura pas suffi. D'ailleurs, le Camerounais n'avait même pas bénéficié du support de tous les pays africains dont certains, comme le Ghana et la Tunisie, ont donné leur voix à Blatter, qui avait fait de larges tournées afin de se procurer un maximum de soutien. Hayatou s'est comporté comme un vrai gentilhomme et a été le premier à féliciter Blatter de sa victoire. « Il peut compter sur ma collaboration comme dans le passé », avait déclaré le président de la CAF pour confirmer sa loyauté.
Mais les maux de Blatter sont loin d'être réglés par cette étourdissante victoire. Rien pour l'heure n'indique que ses opposants soient disposés à rentrer dans le rang. « Le résultat est on ne peut plus clair. Le Congrès s'est prononcé et maintenant il nous faut travailler ensemble. Cela ne sera pas facile, mais j'espère y parvenir », a déclaré l'un des vice-présidents de la FIFA, l'Ecossais David Will, qui avait refusé, peu avant le vote, le retrait d'une plainte pour détournement de fonds contre Blatter dont lui-même, Johansson et neuf autres barons de la FIFA ont saisi la justice suisse (le siège de l'institution étant à Zurich). Celle-ci ne s'est pas encore prononcée sur la recevabilité de la démarche. Meurtri par ces accusations, choqué d'être présenté, selon ses dires, comme un « criminel », Blatter s'est efforcé de réfuter les agissements qui lui sont prêtés. Sur la base d'un rapport établi par son secrétaire général et compatriote Michel Zen-Ruffinen, il lui est notamment reproché des irrégularités dans la gestion, de la corruption et une manipulation des comptes. Michel Zen-Ruffinen d'ailleurs a dû faire profil bas après le résultat du scrutin. « Je suis très content pour lui. Mais les Fédérations ont davantage pensé à leurs intérêts particuliers qu'à la FIFA », a dit Zen Ruffinen.
Pourtant, selon ce dernier, la prochaine période risque de voir une grande fissure au sein de la FIFA : « Cela va être très compliqué pour lui (Blatter) de réunifier la famille divisée. Personne ne peut se mettre d'accord sur les chiffres, ce qui signifie que le conflit va perdurer et les membres du comité exécutif qui ont perdu une bataille aujourd'hui vont continuer le combat ». En vue de calmer les esprits, le président réélu a fait un premier pas en direction de ses détracteurs en annonçant la reprise, après la Coupe du monde, des travaux de la commission ad hoc créée le 9 mars par le Comité exécutif et chargée d'examiner les finances de l'organisation. Elle était censée rendre ses conclusions avant le 30 avril mais, le 12 avril, M. Blatter en avait suspendu les travaux en raison, selon lui, d'une « violation de confidentialité » de la part d'un membre de ladite commission.
Blatter devrait pour l'heure jouir au moins d'une trêve pendant le Mondial qui se terminera le 30 juin. C'est là un temps précieux pour un homme comme lui, qui a passé plus de 27 ans dans la FIFA (depuis 1975), ce qui lui a donné une parfaite connaissance des coulisses de cette institution. Mais il devra préparer une bonne défense pour l'après-Mondial contre les graves accusations qui lui ont été adressées, sinon il risquerait de perdre son poste plus rapidement qu'il ne s'y attend.


Agenda surchargé

Mais le plus dur sera pour Blatter de s'attaquer, et rapidement, aux dossiers qui l'attendent. Blatter estime que les membres du comité exécutif de la FIFA, qu'il qualifie de « gouvernement du football mondial », devraient être élus, comme le président, par le congrès de la FIFA, mais en respectant la proportionnalité dans les confédérations. Alors que pour l'instant, ils sont élus par le congrès de la confédération dont ils dépendent. Cette modification devrait se faire sur proposition des confédérations et pourrait s'appliquer dès 2004. La banqueroute d'ISL et de Kirch, les sociétés chargées des droits de diffusion et de marketing de la FIFA, ont souligné l'urgence de réformer des structures mal adaptées au développement de la FIFA, dont les droits de transmission télévisée constituent le fonds de commerce le plus important.
La mise en place de la société FIFA Marketing, en remplacement à ISL et à Kirch, n'est pas une solution définitive, mais une réforme devrait intervenir rapidement dans la perspective notamment d'une diminution attendue de ces droits TV.
Loin de la structure et de l'économie, la rotation et la répartition des places accordées à chaque continent en Coupe du monde sont deux autres dossiers très importants à examiner qui pourront encore agrandir sa popularité. En principe, la Coupe du monde devrait être organisée à tour de rôle tous les quatre ans par chacune des 6 confédérations. Cependant, il paraît peu probable que les partenaires de la FIFA acceptent que le plus grand événement footballistique ne vienne sur le Vieux Continent que tous les 24 ans, au cas où le système de rotation est appliqué. Un compromis devra donc être trouvé même si cela ne remet pas en cause l'organisation par un pays africain en 2010 et par un retour en Amérique du Sud en 2014.
Le projet un instant envisagé d'organiser la Coupe du monde tous les deux ans a pour l'instant été laissé de côté. Quant à la répartition des places octroyées à chaque continent pour la participation en Coupe du monde, ce fut l'un des arguments présentés par Issa Hayatou qui s'est largement imposé. La proposition comprenait l'attribution d'une place automatique à l'Océanie et un billet supplémentaire à l'Asie. Ce qui se serait fait au détriment de l'Europe et de l'Amérique du Sud.
Une place a déjà été récupérée dans la mesure où le pays champion du monde ne sera plus automatiquement qualifié pour la Coupe du monde suivante. En revanche, attribuer une place à l'Océanie correspond à donner une place quasi-automatique à l'Australie qui survole les qualifications dans sa confédération. Les négociations s'annoncent délicates.

Karim Farouk

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