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Al-Ahram Hebdo :
Qu'a représenté pour vous votre participation au Mondial 2002 ?
Gamal Al-Ghandour : Cela a été un grand honneur
pour moi, d'autant plus que c'était ma deuxième Coupe du monde consécutive.
J'y ai arbitré trois matchs, alors que la majorité de mes collègues
n'ont arbitré qu'un ou deux matchs. Seuls les meilleurs en ont arbitré
trois et j'ai l'honneur d'en faire partie. Mon premier match a été
Espagne-Paraguay, du reste plutôt difficile, car les deux équipes
avaient le même style de jeu, à savoir technique et physique. De
plus, elles étaient d'un niveau similaire. Mais la rencontre s'est
déroulée sans incidents. La note que le comité d'arbitrage m'a octroyé
après le match a été de 9 sur 10. La même qu'à l'issue de mon deuxième
match, Brésil-Costa Rica.
— Cela aura été le deuxième match avec le Brésil que vous
arbitrez en Coupe du monde ...
— Oui, le premier opposait le Brésil au Danemark en quart
de finale de la Coupe du monde 1998 en France. Mais j'ai arbitré
4 autres matchs avec le Brésil : en Coupe des confédérations
2001 contre la France en demi-finales, deux matchs aux JO d'Atlanta
contre la Hongrie et pour la troisième place contre le Portugal,
et enfin contre la Russie en Coupe du monde des moins de 19 ans
au Qatar. Aujourd'hui, je connais presque tous les joueurs du Brésil.
Avant le match contre la Costa Rica, ils sont venus discuter avec
moi dans les couloirs des vestiaires. Las arbitres assistants me
regardaient alors avec fierté. Après la fin du match, Ronaldo m'a
rejoint dans les vestiaires pour me féliciter et m'offrir son maillot.
— Mais votre troisième match a été sujet à controverse ...
-— Déjà en 1/8 de finale, il y a eu des incidents lorsque
la presse italienne a critiqué, à mes yeux sans fondement, la défaite
et l'élimination de son équipe face à la Corée du Sud suite à la
soi-disant défaillance d'arbitrage de l'Equatorien Morino. Je
crois que s'il a commis une faute, elle a été en faveur des Italiens,
car il n'a pas expulsé Vieri après qu'il eût frappé et cassé le
nez d'un défenseur coréen. Après l'élimination de l'Italie, la presse
européenne est véritablement entrée en campagne contre Morino et
tous les arbitres en général, particulièrement les non-européens ...
Mon troisième match, Corée du Sud-
Espagne en 1/4 de finale, a connu des suites similaires. Deux choses
m'ont été reprochées. La première est que je n'ai pas accordé un
but aux Espagnols après qu'un de leurs attaquants eût poussé un
défenseur coréen. Malgré les critiques après le match, on m'a soutenu
pour la pertinence de ma décision. Le deuxième reproche est relatif
à l'arbitre assistant de Trinidad et Tobago. Lors des prolongations,
le score était alors de 1-1, un attaquant espagnol s'est approché
d'une ligne de touche. Comme j'étais loin du ballon, j'ai regardé
l'arbitre assistant qui a levé son drapeau pour indiquer que la
balle était sortie du terrain. J'ai donc sifflé. Malgré cela, l'attaquant
espagnol qui a reçu la passe transversale après que le ballon soit
sorti a continué à jouer et a marqué un but, alors que le jeu était
arrêté. Les joueurs espagnols ont manifesté leurs critiques après
que les Coréens, meilleurs qu'eux durant le match, ont remporté
la rencontre par les tirs aux buts.
— Que s'est-il passé après ce fameux match ?
— J'ai visionné la cassette de la rencontre et je me suis
rendu compte que la balle n'avait pas dépassé la touche. Mais la
faute revient à l'arbitre de touche qui a levé le drapeau. Je lui
ai fait confiance, car il était le plus près du ballon. Ma note
pour ce match a été de 9,1 sur 10, c'est-à-dire meilleure que mes
deux premiers matchs. Le comité d'arbitrage de la FIFA a ensuite
confirmé que la faute revenait à l'arbitre de touche.
— A-t-il été sanctionné ?
— Non, puisque la faute était involontaire. Vous savez,
aucun arbitre au monde ne veut être à la source de la discorde.
Tous veulent être les héros du matchs, exactement comme les joueurs.
— Quels ont été les échos de la faute de l'arbitre assistant
après le match Espagne-Corée ?
— Franchement,
j'ai été très déçu par ce que j'ai entendu et lu. Ma déception est
venue plus de la presse arabe que de la presse européenne. En
Corée et au Japon, on m'a félicité après le match. Mais sur l'Internet,
je me suis rendu compte des critiques de la presse arabe à mon encontre.
A la télévision égyptienne, un entraîneur se livrant à l'analyse
du match a assuré que bien que l'arbitre assistant ait levé le drapeau,
la faute nous était commune. Ce qui est logiquement faux. Je ne
cherche pas à ce que les médias arabes me flattent ou me rendent
hommage sans raison mais qu'ils ne m'attaquent pas non plus sans
raison. Si j'avais été mauvais, la FIFA ne m'aurait pas désigné
pour arbitrer 3 matchs. C'est le deuxième Mondial auquel je participe,
c'est-à-dire que je compte 6 matchs en Coupe du monde. Seuls 6 ou
7 arbitres détiennent un tel record.
— En marge de ce match, ne pensez-vous pas que cette Coupe
du monde s'est distinguée par les fautes d'arbitrage ?
— Je ne peux pas le nier. Mais je tiens à souligner que
ces fautes ont été involontaires. Le comité d'arbitrage de la FIFA
a beaucoup plus protégé ses arbitres que lors des Coupes du monde
précédentes, mais je suis étonné par la faiblesse de la défense
de la FIFA durant cette Coupe du monde. Pour être franc, si je n'avais
pas lu la presse arabe, je n'aurais pas perçu l'ampleur de l'incident
lors du match Italie-Corée du Sud. Le problème de cette presse est
qu'elle a repris le point de vue de l'entraîneur et celui d'une
équipe éliminée du Mondial. Sans faire preuve d'aucune objectivité.
— Mis à part les problèmes d'arbitrage, le Mondial a-t-il
été selon vous d'un bon niveau technique ?
— Cette
Coupe du monde a été l'apothéose du jeu tactique, physique et spectaculaire.
Pourtant, les pays dotés d'un haut niveau de technicité comme l'Argentine,
la France et le Portugal ont été éliminés dès le premier tour. Même
le jeu du Brésil a changé lors de cette Coupe du monde. Il n'est
plus uniquement spectaculaire comme avant. Il est maintenant aussi
très physique. Il était logique que cette équipe et celle de l'Allemagne
se retrouvent en finale, car elles sont sans aucun doute les plus
fortes. Mais il aurait été difficile pour les Brésiliens de perdre
deux finales de Coupe du monde de suite. Malgré le haut niveau des
Allemands tout au long de la compétition, les Brésiliens ont mérité
de remporter cette coupe.
— Cette 17e Coupe du monde a aussi été marquée par le fait
que les favoris ont été éliminés dès le premier tour et par les
prestations inattendues de la Turquie et de la Corée du Sud toutes
deux demi-finalistes …
— Absolument. Mis à part deux ou trois équipes, les niveaux
de jeu ont été comparables. Les pronostics ont été difficiles. Mais
pour moi, la grande surprise de cette Coupe du monde aura été la
Corée du Sud. L'équipe a présenté un très beau football. Elle possède
un joueur qui est à mon avis le meilleur de ce Mondial, à savoir
Ahn Jung Hwan, qui joue à Perugia en Italie. Il deviendra sans aucun
doute l'un des meilleurs joueurs du monde très prochainement.
— Et que pensez-vous de l'organisation ?
— D'abord, je pense que l'organisation d'une Coupe du monde
dans deux pays n'est pas une bonne chose. Il est vrai que la Corée
du Sud et le Japon sont proches l'un de l'autre et que les deux
pays ont déployé d'importants efforts pour que cette compétition
se déroule le mieux possible. Mais le fait d'avoir des comités d'organisations
différents et de se déplacer d'un pays à un autre est épuisant.
Pour moi, la Coupe du monde précédente en France a été plus réussie
justement parce qu'elle s'est déroulée dans un seul pays. Il n'en
reste pas moins que ce qu'ici, j'ai particulièrement apprécié les
supporters. Le peuple coréen est formidable : organisé, et
très accueillant ... Il est aussi plus flexible que le peuple
japonais stricte et plus exigeant.
— En 1998, à votre retour de Coupe du monde, vous avez déclaré
à l'Hebdo avoir vécu 40 jours de rêve. Diriez-vous la même
chose cette fois-ci ?
— Je dirais plutôt avoir récolté les fruits de mes efforts
tout au long de ma carrière d'arbitre. Je suis considéré comme un
grand de l'arbitrage. Si au Mondial 1998, j'étais fier d'avoir épaulé
les grands arbitres du monde, cette année j'ai fait de mon mieux
pour me frayer une place parmi eux. Et j'en suis fier.
— A 45 ans, vous êtes en âge de prendre votre retraite.
Que pensez-vous faire à votre retour de Corée ?
— Prendre des vacances, puis examiner les offres que me
présentent des pays étrangers pour y arbitrer et d'autres pour être
responsable de l'arbitrage dans leur fédération. J'ai reçu aussi
une proposition d'une télévision pour y faire des analyses sur l'arbitrage.
J'étudie actuellement toutes ces propositions et peut-être je partirai
pour un ou deux ans à l'étranger. Je ne sais pas encore, je n'ai
pris aucune décision. Pour le moment, je vis encore dans le rêve
de ma dernière Coupe du monde.
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