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La planète foot en 32 couleurs
supplément spécial sur le mondial 2002



 

Mondial 2002 . Considéré comme l'un des meilleurs arbitres au monde, l'Egyptien Gamal Al-Ghandour, qui a participé pour la deuxième fois à la Coupe du monde, a pourtant été accusé d'avoir commis des fautes d'arbitrage. Entretien exclusif depuis la Corée.
Les erreurs d'arbitrage sont involontaires
Al-Ahram Hebdo : Qu'a représenté pour vous votre participation au Mondial 2002 ?
Gamal Al-Ghandour : Cela a été un grand honneur pour moi, d'autant plus que c'était ma deuxième Coupe du monde consécutive. J'y ai arbitré trois matchs, alors que la majorité de mes collègues n'ont arbitré qu'un ou deux matchs. Seuls les meilleurs en ont arbitré trois et j'ai l'honneur d'en faire partie. Mon premier match a été Espagne-Paraguay, du reste plutôt difficile, car les deux équipes avaient le même style de jeu, à savoir technique et physique. De plus, elles étaient d'un niveau similaire. Mais la rencontre s'est déroulée sans incidents. La note que le comité d'arbitrage m'a octroyé après le match a été de 9 sur 10. La même qu'à l'issue de mon deuxième match, Brésil-Costa Rica.
— Cela aura été le deuxième match avec le Brésil que vous arbitrez en Coupe du monde ...
— Oui, le premier opposait le Brésil au Danemark en quart de finale de la Coupe du monde 1998 en France. Mais j'ai arbitré 4 autres matchs avec le Brésil : en Coupe des confédérations 2001 contre la France en demi-finales, deux matchs aux JO d'Atlanta contre la Hongrie et pour la troisième place contre le Portugal, et enfin contre la Russie en Coupe du monde des moins de 19 ans au Qatar. Aujourd'hui, je connais presque tous les joueurs du Brésil. Avant le match contre la Costa Rica, ils sont venus discuter avec moi dans les couloirs des vestiaires. Las arbitres assistants me regardaient alors avec fierté. Après la fin du match, Ronaldo m'a rejoint dans les vestiaires pour me féliciter et m'offrir son maillot.
— Mais votre troisième match a été sujet à controverse ...
-— Déjà en 1/8 de finale, il y a eu des incidents lorsque la presse italienne a critiqué, à mes yeux sans fondement, la défaite et l'élimination de son équipe face à la Corée du Sud suite à la soi-disant défaillance d'arbitrage de l'Equatorien Morino.
Je crois que s'il a commis une faute, elle a été en faveur des Italiens, car il n'a pas expulsé Vieri après qu'il eût frappé et cassé le nez d'un défenseur coréen. Après l'élimination de l'Italie, la presse européenne est véritablement entrée en campagne contre Morino et tous les arbitres en général, particulièrement les non-européens ... Mon troisième match, Corée du Sud- Espagne en 1/4 de finale, a connu des suites similaires. Deux choses m'ont été reprochées. La première est que je n'ai pas accordé un but aux Espagnols après qu'un de leurs attaquants eût poussé un défenseur coréen. Malgré les critiques après le match, on m'a soutenu pour la pertinence de ma décision. Le deuxième reproche est relatif à l'arbitre assistant de Trinidad et Tobago. Lors des prolongations, le score était alors de 1-1, un attaquant espagnol s'est approché d'une ligne de touche. Comme j'étais loin du ballon, j'ai regardé l'arbitre assistant qui a levé son drapeau pour indiquer que la balle était sortie du terrain. J'ai donc sifflé. Malgré cela, l'attaquant espagnol qui a reçu la passe transversale après que le ballon soit sorti a continué à jouer et a marqué un but, alors que le jeu était arrêté. Les joueurs espagnols ont manifesté leurs critiques après que les Coréens, meilleurs qu'eux durant le match, ont remporté la rencontre par les tirs aux buts.
— Que s'est-il passé après ce fameux match ?
— J'ai visionné la cassette de la rencontre et je me suis rendu compte que la balle n'avait pas dépassé la touche. Mais la faute revient à l'arbitre de touche qui a levé le drapeau. Je lui ai fait confiance, car il était le plus près du ballon. Ma note pour ce match a été de 9,1 sur 10, c'est-à-dire meilleure que mes deux premiers matchs. Le comité d'arbitrage de la FIFA a ensuite confirmé que la faute revenait à l'arbitre de touche.
— A-t-il été sanctionné ?
— Non, puisque la faute était involontaire. Vous savez, aucun arbitre au monde ne veut être à la source de la discorde. Tous veulent être les héros du matchs, exactement comme les joueurs.
— Quels ont été les échos de la faute de l'arbitre assistant après le match Espagne-Corée ?
— 
Franchement, j'ai été très déçu par ce que j'ai entendu et lu. Ma déception est venue plus de la presse arabe que de la presse européenne. En Corée et au Japon, on m'a félicité après le match. Mais sur l'Internet, je me suis rendu compte des critiques de la presse arabe à mon encontre. A la télévision égyptienne, un entraîneur se livrant à l'analyse du match a assuré que bien que l'arbitre assistant ait levé le drapeau, la faute nous était commune. Ce qui est logiquement faux. Je ne cherche pas à ce que les médias arabes me flattent ou me rendent hommage sans raison mais qu'ils ne m'attaquent pas non plus sans raison. Si j'avais été mauvais, la FIFA ne m'aurait pas désigné pour arbitrer 3 matchs. C'est le deuxième Mondial auquel je participe, c'est-à-dire que je compte 6 matchs en Coupe du monde. Seuls 6 ou 7 arbitres détiennent un tel record.
— En marge de ce match, ne pensez-vous pas que cette Coupe du monde s'est distinguée par les fautes d'arbitrage ?
— Je ne peux pas le nier. Mais je tiens à souligner que ces fautes ont été involontaires. Le comité d'arbitrage de la FIFA a beaucoup plus protégé ses arbitres que lors des Coupes du monde précédentes, mais je suis étonné par la faiblesse de la défense de la FIFA durant cette Coupe du monde. Pour être franc, si je n'avais pas lu la presse arabe, je n'aurais pas perçu l'ampleur de l'incident lors du match Italie-Corée du Sud. Le problème de cette presse est qu'elle a repris le point de vue de l'entraîneur et celui d'une équipe éliminée du Mondial. Sans faire preuve d'aucune objectivité.
— Mis à part les problèmes d'arbitrage, le Mondial a-t-il été selon vous d'un bon niveau technique ?
— 
Cette Coupe du monde a été l'apothéose du jeu tactique, physique et spectaculaire. Pourtant, les pays dotés d'un haut niveau de technicité comme l'Argentine, la France et le Portugal ont été éliminés dès le premier tour. Même le jeu du Brésil a changé lors de cette Coupe du monde. Il n'est plus uniquement spectaculaire comme avant. Il est maintenant aussi très physique. Il était logique que cette équipe et celle de l'Allemagne se retrouvent en finale, car elles sont sans aucun doute les plus fortes. Mais il aurait été difficile pour les Brésiliens de perdre deux finales de Coupe du monde de suite. Malgré le haut niveau des Allemands tout au long de la compétition, les Brésiliens ont mérité de remporter cette coupe.
— Cette 17e Coupe du monde a aussi été marquée par le fait que les favoris ont été éliminés dès le premier tour et par les prestations inattendues de la Turquie et de la Corée du Sud toutes deux demi-finalistes …
— Absolument. Mis à part deux ou trois équipes, les niveaux de jeu ont été comparables. Les pronostics ont été difficiles. Mais pour moi, la grande surprise de cette Coupe du monde aura été la Corée du Sud. L'équipe a présenté un très beau football. Elle possède un joueur qui est à mon avis le meilleur de ce Mondial, à savoir Ahn Jung Hwan, qui joue à Perugia en Italie. Il deviendra sans aucun doute l'un des meilleurs joueurs du monde très prochainement.
— Et que pensez-vous de l'organisation ?
— D'abord, je pense que l'organisation d'une Coupe du monde dans deux pays n'est pas une bonne chose. Il est vrai que la Corée du Sud et le Japon sont proches l'un de l'autre et que les deux pays ont déployé d'importants efforts pour que cette compétition se déroule le mieux possible. Mais le fait d'avoir des comités d'organisations différents et de se déplacer d'un pays à un autre est épuisant. Pour moi, la Coupe du monde précédente en France a été plus réussie justement parce qu'elle s'est déroulée dans un seul pays. Il n'en reste pas moins que ce qu'ici, j'ai particulièrement apprécié les supporters. Le peuple coréen est formidable : organisé, et très accueillant ... Il est aussi plus flexible que le peuple japonais stricte et plus exigeant.
— En 1998, à votre retour de Coupe du monde, vous avez déclaré à l'Hebdo avoir vécu 40 jours de rêve. Diriez-vous la même chose cette fois-ci ?
— Je dirais plutôt avoir récolté les fruits de mes efforts tout au long de ma carrière d'arbitre. Je suis considéré comme un grand de l'arbitrage. Si au Mondial 1998, j'étais fier d'avoir épaulé les grands arbitres du monde, cette année j'ai fait de mon mieux pour me frayer une place parmi eux. Et j'en suis fier.
— A 45 ans, vous êtes en âge de prendre votre retraite. Que pensez-vous faire à votre retour de Corée ?
— Prendre des vacances, puis examiner les offres que me présentent des pays étrangers pour y arbitrer et d'autres pour être responsable de l'arbitrage dans leur fédération. J'ai reçu aussi une proposition d'une télévision pour y faire des analyses sur l'arbitrage. J'étudie actuellement toutes ces propositions et peut-être je partirai pour un ou deux ans à l'étranger. Je ne sais pas encore, je n'ai pris aucune décision. Pour le moment, je vis encore dans le rêve de ma dernière Coupe du monde.

Propos recueillis par téléphone par
Amr Moheb

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