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La planète foot en 32 couleurs
supplément spécial sur le mondial 2002

Un carré d'or à trois défenseurs
Brésil
Par excellence nation du jeu artistique, il a malgré tout affiché un jeu teinté de conservatisme. La Seleçao a joué en comptant sur une défense en 5 éléments comptant sur un trio de charnière formé par Edmilson-Junior-Luccio afin de permettre à ses deux latéraux, Roberto Carlos (gauche) et Cafu (droite), d'accomplir leurs missions offensives. « J'ai aussi aligné un joueur, Juninho Paulista, qui a apporté beaucoup de dynamisme au milieu de terrain », complète le sélectionneur brésilien Luiz Félipe Scolari. C'est d'ailleurs ce joueur qui a permis à l'équipe de s'imposer largement contre le Costa Rica (5-2) ou la Chine (4-0). Mais lors du second tour, Scolari l'a placé sur le banc de touche lui préférant le milieu défensif Kleberson aux côtés de Gilberto pour constituer une première ligne défensive en milieu de terrain. Ronaldo portait seul le fardeau de l'attaque, soutenu par Rivaldo et Ronaldinho, en plus des incursions de Roberto Carlos et Cafu sur les flancs.
Ces diverses précautions de Scolari, vivement critiquées par les 170 millions de Brésiliens avant le début du mondial, lui auront néanmoins permis de s'offrir la Coupe du monde !
L'Allemagne

La Mannschaft comptait avant tout sur sa puissante organisation défensive. Le directeur technique allemand Rudi Völler a pour cela bien fait comprendre à ses joueurs qu'il fallait se replier en milieu de terrain dès que la balle était perdue. Dietmar Hamann, pilier défensif du milieu, brisait donc les attaques avant même que les puissants défenseurs Thomas Linke, Christoph Metzelder et l'élégant Carsten Ramelow n'entrent en action. Et si bien que les joueurs adverses aient réussi à passer, ils devaient ensuite se mesurer à l'excellent gardien Oliver Kahn, véritable muraille de fer intransperçable.
Völler comptait sur les centres de ses latéraux Torsten Frings (droite) et Christian Ziege (gauche) aux attaquants Miroslav Klose, butteur de l'équipe (5 buts) et Carsten Jancker. Cette technique a fonctionné à merveille au premier tour où ils ont su largement faire la différence face à l'Arabie saoudite (8-0 ) et le Cameroun (2-0). Mais au second tour, Völler a dû aligner Oliver Neuville, auteur du but de qualification contre le Paraguay en 1/8es de finale, qui s'est placé en milieu de terrain, créant une combinaison offensive avec Bernd Schneider, pièce maîtresse de l'équipe Michael Ballack (trois buts en six matchs). Mais en finale, face au Brésil, les couloirs ont été bloqués et, sans Michael Ballack, les machines allemandes n'ont pas pu résister aux subtilités des danseurs de la samba.
La Turquie

Les héros du Bosphore ont constitué une des grandes surprises de ce mondial. Médaillés de bronze pour leur seconde participation en Coupe du monde, c'est le plus grand exploit de leur carrière. Les hommes de Senol Gunes comptaient surtout sur un jeu physique. Avec 19 cartons jaunes et deux rouges, les Turcs ont aussi été au sommet des équipes les plus violentes de cette Coupe du monde. La défense en 5 éléments organisée autour du solide défenseur Ozalan Alpay n'a laissé passé que 5 buts, dont trois par les rois brésiliens (2-1 au premier tour, et 1-0 en demi-finales) et deux lors du match de classement contre la Corée 3-2. Gunes comptait sur l'excellente condition physique de ses joueurs en plus du talent des milieux Sas, Basturk et Emre pour fournir le meilleur support à leur légende Hakan Sukur en attaque. Mais ce dernier a perdu beaucoup de son prestige lors de ce mondial et c'était à Hasan Sas, membre de l'équipe type de ce mondial, et remplaçant d'Ilhan Mansiz, butteur de l'équipe avec 3 buts, qu'est revenue la majorité des honneurs.
La Corée

Le Néerlandais Guus Hiddink est l'artisan de la métamorphose de l'équipe coréenne. Pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde une équipe asiatique a atteint les demi-finales. Hiddink a appliqué le football néerlandais en appliquant un 3-4-3 et laissant une très grande liberté aux joueurs sur le terrain. Aidé par l'extrême rapidité de son équipe, Hiddink a réussi à bousculer des grandes nations telles que le Portugal 1-0 (premier tour), Italie 2-1 (1/8es de finale), Espagne 0-0, 5-3 t.a.b. (1/4 de finale) avant de s'incliner face aux Allemands en demi-finale 0-1. Le talent d'Ahn Jung Hwan, auteur du but de qualification contre l'Italie, et celui de la star de l'équipe Seol Ki Hyen ont été satisfaisants en attaque alors que l'expérience du défenseur Hong Myung Bo a joué un grand rôle pour organiser le trio de la défense.
K.F

 

Mondial 2002 . Cette édition a été marquée par un effacement de l'esthétisme au profit d'un jeu plutôt athlétique et par l'usage récurent d'un trio de défense centrale.

Un retour au libéro

« La Coupe du monde de Corée et du Japon ne nous a pas fait connaître de nouvelles techniques de jeu comme cela à été le cas lors des précédentes éditions. La majorité des équipes a développé un jeu tournant autour des classiques 4-4-2 ou 3-5-2 et de leurs variantes ». Le Brésilien Carlos Alberto Parreira, ex-directeur technique de la sélection brésilienne, championne du monde en 1994, souligne ainsi la carence de nouveautés techniques du dernier Mondial. Le débat oppose toujours les équipes disposant d'une ligne arrière organisée en trois joueurs et celles qui en alignent quatre. La seule innovation est peut-être que certaines ont alterné de l'une à l'autre formation, et parfois lors d'un même match à l'image de l'Allemagne et de la Turquie.
Car le football n'est plus une question de répartition numéraire des joueurs sur le terrain. A présent, il repose sur leur mission durant la rencontre. C'est pourquoi, leur polyvalence est devenue essentielle : peu importe son poste, un joueur doit savoir tackler, passer et tirer. « En termes de tactiques et de formations, les combinaisons ont été épuisées. Ce n'est plus ce dernier aspect qui fait ou ne fait pas gagner un match. Nous assistons désormais à une confusion des compétences. L'équipe qui comprend cela est celle qui fera la différence », confirme le Français Aimé Jacquet, ex-directeur technique de la France, championne du monde en 1998.
En ce qui concerne la répartition sur le terrain, un aspect a cependant été spécialement remarqué. Celui du retour aux défenses organisées autour de trois éléments centraux. Les grandes nations telles que le Brésil, l'Allemagne, l'Italie et l'Argentine ont toutes appliqué cette technique largement dominante au début des années 1990. En effet, lors de la Coupe du monde de la même année et même jusqu'à l'édition de 1994, voire davantage, pratiquement toutes les équipes évoluaient en 3-5-2. Elles ont d'ailleurs été fortement critiquées lors du Mondial de 1990, car ce schéma avait mené à un nombre important de matchs s'étant terminé par des tirs aux buts.
En juin dernier nous avons assisté à un retour du jeu physique et à nouveau à celui d'une préoccupation défensive. Malgré certains résultats épatants, comme celui du match Allemagne-Arabie saoudite (8-0) et Brésil-Costa Rica (5-2), l'édition 2002 a totalisé 161 buts, 10 de moins que l'édition de 1998. « Le jeu physique et les techniques défensives ont primé au cours de ce Mondial. Si on se penche sur les résultats des seconds tours, on remarque que les écarts de plus d'un but sont rares ». A part Etats Unis-Mexique (2-0), Brésil-Belgique (2-0), Angleterre-Danemark (3-0), et Brésil-Allemagne (2-0) les 14 autres matchs du second tour se sont terminés par une différence d'un but dont deux se sont terminés par des tirs au buts, Espagne- Irlande en 1/8es de finale et Espagne-Corée en quarts de finale.
Le Mondial de France était, lui, beaucoup plus ouvert puisque la quasi-totalité des équipes alignait une défense en quatre éléments. La différence est flagrante si on examine le carré d'or de 1998 qui comprenait, le Brésil, les Pays-Bas, la France et la Croatie, lesquels avaient tous organisé leur défense autour de deux défenseurs centraux et de deux latéraux. En 2002, les joueurs évoluant au poste de libéro n'ont pas manqué de se faire remarquer. Le Coréen, Hong Myung Bo (troisième meilleur joueur du Mondial), l'Allemand Carsten Ramelow, le Brésilien Edmilson, le Turc Ozalan Alpay ont tous impressionné les observateurs.
Mais cet éclat des défenseurs a tout de même inquiété les férus de football pour qui les buts marqués représentent le plaisir ultime. La performance des joueurs comme Ronaldo (8 buts) qui a réussi, malgré ces techniques défensives, à franchir le seuil des 6 buts mais qui n'égale pas encore Gerd Mueller en 1970 (10 buts) permet encore de croire que le talent surpassera toujours les schémas défensifs.

Karim Farouk

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